Les fous du Monte Verità 

Sur les rives du lac Majeur, Ascona somnole dans la quiétude d’une après-midi bercée par les reflets du soleil. Les terrasses de la promenade des rives du lac accueillent des badauds détendus dans le climat tessinois. Bercés par la douceur du paysage, ils ne remarquent guère la petite colline qui se gravit à pied non loin de là (quelques centaines de mètres à peine). Mais comment imaginer que la commune la plus basse de Suisse (196 mètres) abrite un « axe du monde », un point de rapprochement vertical entre le Ciel et la Terre, la colline baptisée le Monte Verità, la montagne de la vérité ?

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Delphine Bovey

https://www.vivreensemblelongtemps.ch/les-fous-du-monte-verita-ascona.html

Monte Verità
La Montagne de la vérité

France | 1997 | 52 minutes | Betacam SP

Un film de Henry Colomer

A la fin du siècle dernier, naît en Allemagne un mouvement tourné vers le passé, vers la pureté des origines, un idéal de liberté et de beauté : le mouvement de réforme de la vie. Il invite ses adeptes à fuir la ville, ses conflits, ses plaisirs factices. Artistes libertaires, colonies végétariennes, … de nombreuses sectes naissent alors. Le film recherche les racines de ce mouvement dans l’histoire allemande et analyse son implantation en 1900 dans un lieu « inspiré » : le Monte Verita, la colline de la vérité, sur les bords du Lac Majeur, au-dessus d’Ascona. Fondé par Henri Oedenkoven, fils d’un grand industriel d’Anvers et Ida Hoffman, musicienne du Montenegro , ainsi que par Gusto Gräser, le « prophète aux pieds nus » décrit par Hermann Hesse, et quatre autres pionniers, Monte Verità devient un lieu de refuge pour de nombreux rebelles de la politique et des arts : des écrivains et des poètes, comme Hermann Hesse et Erich Müsham, des danseurs, comme Isadora Duncan, Mary Wigman, Rudolf von Laban, le psychanalyste Otto Gross,… Le réalisateur décrit les sectes et les mouvements qui gravitent autour de ce noyau, avec toutes leurs ambiguités, notamment celui des « oiseaux migrateurs », auquel Gusto Gräser a été lié, qui a rendu familières et présentables des idées et des modèles de comportements que l’on retrouvera dans l’idéologie nazie : un passé idéalisé, les valeurs du sol et de l’enracinement, l’attachement organique du groupe à son chef, l’antisémitisme et le racisme.

Anne Dufourmantelle a péri le 21 juillet 2017 pour sauver des enfants de la noyade en Méditerranée, dont le propre fils de l’auteur.

Elle était psychanalyste, philosophe, romancière, auteure d’une œuvre reconnue de par le monde. Sa notoriété culturelle ne suffit pourtant pas à expliquer l’émotion considérable qui s’est répandue à l’annonce de sa mort, en France et au-delà, jusqu’auprès de gens qui ne l’avaient jamais lue ni entendue.

Ce récit de chagrin livre le portrait d’une femme exceptionnelle, en même temps qu’il médite sur les rapports père-fils, l’origine du sacré et l’aura d’un être qui avait « la passion de l’amitié ».

« Ses traits s’étiraient dès qu’elle voyait autrui heureux. Il n’y a pas beaucoup de gens qui nous donneraient envie d’être heureux rien que pour les rendre heureux. »

4 expériences de retour à la nature (2/4)

Monte Verità, une réforme de la vie sur la montagne

Inspirés par le mouvement germanique de la Lebensreform (la réforme de la vie), six jeunes gens fondent en 1900 à Ascona la communauté Monte Verità qui devient rapidement un important centre culturel où se croisent dans un foisonnement intellectuel rare, artistes, écrivains et danseurs.

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/retours-a-la-nature-24-monte-verita-une-reforme-de-la-vie-sur-la-montagne

Le Dictionnaire de la bêtise est considéré comme une des toutes premières recherches dans le domaine de la contre-culture. Désopilante autant qu’alarmante, la bêtise éternelle, qui existe en chacun de nous et qui par cela même fascinait Flaubert, a pris désormais sa vraie place encyclopédique.
Guy Bechtel est romancier et historien. Jean-Claude Carrière, son ami et complice de longue date, est aussi scénariste et auteur dramatique.

Guy Schoeller

Summer camp (5/5): Monte Verità, la célébration des corps d’une communauté pré-hippie

Au début du XXe siècle, une petite communauté pré-hippie s’installe sur les bords du lac Majeur. Elle va accueillir écrivains, peintres, musiciens ou danseuses dans une célébration naturaliste des corps.

https://www.lesinrocks.com/2012/08/26/arts/summer-camp-monte-verita-11288720/

Une colline dominant Ascona et le lac Majeur est devenue dès 1900 un haut lieu de la liberté de pensée et de vie. A Monte Verità le jaillissement des esprits fut proprement stupéfiant à un moment où en Europe les interrogations sur un mode de vie alternatif et les condamnations de la société industrielle se faisaient pressantes: recherches croisées et innovations dans tous les arts, ardeur réformatrice jusqu’à la libération des corps et du sexe, ascétisme végétarien, valeurs opposées à la morale bourgeoise dans une succession de groupes et de courants d’idées, chorégraphes d’avant-garde, révolutionnaires russes, Allemands en nombre comme dans une banlieue de Munich, vagabonds-prophètes inspirant Hermann Hesse, chercheurs de grand renom réunis autour de Carl Gustav Jung, historiens des religions tel Mircea Eliade ou inspirateurs futurs du New Age rapprochant l’Orient et l’Occident. Il n’existait pas de livre en langue française pour décrire l’un des feux d’artifice les plus étonnants du 20e siècle. Le voici, dans une approche nouvelle et contemporaine des pouvoirs d’un lieu.

La journée tragique où Anne Dufourmantelle a sauvé le fils de Jean-Philippe Domecq

C’était il y a un an, le 21 juillet 2017, à Ramatuelle. La philosophe d’ « Eloge du risque » y a laissé la vie. L’écrivain de « Sirènes, sirènes » lui paie sa dette.

La douceur est une énigme. Incluse dans un double mouvement d’accueil et de don, elle apparaît à la lisière des passages que naissance et mort signent. Parce qu’elle a ses degrés d’intensité, parce qu’elle a une force symbolique et un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses, elle est une puissance. En écoutant ceux qui viennent me confier leur détresse, je l’ai entendue traverser chaque expérience vécue. En méditant son rapport au monde, il apparaît que son intelligence porte la vie, la sauve et l’accroît.

« Quand il nous arrive de dire « C’était mieux avant », sommes-nous des passéistes en proie à la nostalgie d’une enfance lointaine, d’une jeunesse révolue, d’une époque antérieure à la nôtre où nous avons l’illusion qu’il faisait bon vivre? À moins que cet avant ne soit un hors-temps échappant au temps des horloges et des calendriers. Je me refuse à découper le temps. Nous avons, j’ai tous les âges. » J.-B. Pontalis.

« Pour quel obscur motif ce mot Limbes dont je prolonge la première syllabe et qui paraît se tenir à mi-chemin entre le clair et le sombre exerce-t-il sur moi un tel attrait ? Souhaiterais-je séjourner dans le limbe des enfants ? N’aimerais-je que les pensées à l’état naissant qui se refusent à être cernées ? Serais-je épris de ces rêves qui tiennent lieu de réalité ? Ne serais-je touché que par ceux qui n’ont pas une identité bien assurée, qui ne sont pas ce qu’ils sont ou croient être, et alors les femmes, plus que les hommes, seraient ces êtres-là, incertains, insaisissables, celles qu’on ne saurait baptiser, celles qui seraient toujours en attente d’on ne sait trop quoi ? »

« L’homme qui dort se nomme Constantin. C’est un Empereur romain, un conquérant, un guerrier sans merci. Son sommeil paraît paisible, bien qu’il doive livrer bataille le lendemain… À côté de l’homme qui dort, un tout jeune homme assis. Un serviteur sans doute, qui n’a pas de nom. Une sentinelle, mais qui s’abandonnerait à sa propre rêverie. Il est le dormeur éveillé. Sa tête penchée s’appuie sur sa main. Cette scène représentée par Piero della Francesca se situe à la frontière de la nuit et de l’aube, du sommeil et de l’éveil, du songe et de la rêverie…
Le livre dont j’écris ici les premières lignes, j’aimerais qu’il devienne quelque chose comme une mémoire – donc une fiction – rêveuse, qu’il soit une traversée d’images, de souvenirs, d’instants, qu’il ressemble à la rêverie à laquelle s’abandonne le dormeur éveillé, avant que l’excès de clarté n’y mette fin. Il sera bien temps alors d’affronter le jour. »
J.-B. Pontalis.

Imaginez un livre
qui serait comme un ami de papier.

Imaginez un livre
qui vous aide à explorer
votre propre esprit.

Imaginez un livre
qui vous entraîne vers le plus beau,
le plus simple
et le plus étonnant des voyages.

Un voyage dans votre vie.
Un voyage dans vos rêves.
Un voyage hors du temps.

Ce livre vous le tenez entre vos mains.

Après avoir commis « la seule faute impardonnable du début du XXIe siècle » – exprimer publiquement une opinion impopulaire –, Adeline, célèbre illustratrice de bande dessinée, devient la cible d’attaques haineuses sur les réseaux sociaux. Ellen, une jeune femme de vingt-deux ans sans histoires, subit le même sort lorsque des photos de ses ébats sexuels avec son petit ami du lycée se propagent de manière virale sur la toile. Dans le San Francisco de 2013, elles ont fait l’erreur d’être des femmes au sein d’une société qui déteste les femmes.
Dans Je hais Internet, Jarett Kobek pose un regard satirique sur une société hyper-connectée, tout acquise au virtuel, intrusive. Il s’en prend à l’idéal libertaire aux origines d’Internet, et se demande comment les géants du net ont réussi à générer des milliards de dollars en exploitant la créativité d’internautes impuissants, sans rencontrer d’opposition. À l’ère du sacre des réseaux sociaux, un récit jubilatoire et salutaire.

S’appuyant sur des extraits de l’œuvre freudienne, Patrick Mahony étudie un aspect encore mal connu de Freud exceptionnels talents d’écrivain et d’orateur. Il se livre à l’analyse textuelle en profondeur de deux grands textes de Freud éclairant ainsi d’un jour nouveau la naissance des concepts psychanalytiques, car chez Freud, la théorie est inséparable d’une expérience littéraire dont tous les germanistes s’entendent à reconnaître l’exceptionnelle qualité.

Cette approche qui se concentre sur la langue, le style et la forme apporte des aperçus nouveaux à l’étudiant spécialiste et le chercheur en psychanalyse.

Lorsque Yvon Lambert appelle Roland Barthes dans la seconde partie des années 1970 pour lui parler de Cy Twombly, l’accueil est réticent. L’auteur des Fragments d’un discours amoureux ne veut plus répondre à des commandes et ferme les portes. Mais le galeriste, encore situé rue de L’Échaudé, insiste. Et il fait bien.

Barthes, imprégné de culture gréco-latine, fasciné par l’acte d’écriture (au point de pratiquer lui-même des écritures imaginaires), semble trouver son artiste en la personne de Twombly. Il transforme notre regard et nourrit à jamais notre approche de l’artiste américain installé en Italie.

« On voudrait croire que, quand les choses en viennent enfin à s’accorder, c’est là le bonheur…

Or, c’est précisément quand les choses se recoupent complètement et coïncident que cette adéquation, en se stabilisant, se stérilise.

La coïncidence est la mort. C’est par dé-coïncidence qu’advient l’essor.

Dieu lui-même dé-coïncide d’avec soi, en mourant sur la Croix, pour promouvoir la vie vivante. Dans la faille de la dé-coïncidence une initiative est à nouveau possible se déployant en liberté.

Or, comme l’Age classique a fait de l’adéquation la définition même de la vérité, ou de la coïncidence avec la Nature le grand précepte de l’art comme de la morale, il est revenu à la modernité de rompre avec ce confort de la pensée.

François Jullien fait jouer ici le concept de « dé-coïncidence » dans la Bible, la peinture, la littérature, la philosophie, pour montrer comment il est à la source de l’art et de l’existence. « 

Philosophe, écrivain, poète, collaborant à la revue Edwarda, à Art press, La Nouvelle Quinzaine, littéraire, Lignes, L’Art même…, Véronique Bergen livre avec Les Premières fois un récit intimiste, une plongée dans les premières expériences fondatrices, qu’elles soient érotiques, amoureuses, initiatiques, spirituelles, musicales…

Sept chapitres plus un, sept portes ouvrent sur la magie particulière des premières explorations de l’existence, entre réminiscences et rêve, entre addiction à l’intensité des premières fois et pari en faveur de leur recréation continuée.

Premières fois
Un livre de Véronique Bergen

Il a été tiré de l’édition originale de cet ouvrage deux cents cinquante exemplaires sur O-lin Naturel 90 gr. numérotés de 1 à 250.
Les 50 exemplaires suivants représentent un tirage hors commerce.

Son format est de 10cm x 18cm.

Et un orateur dit : « Parle-nous de la Liberté ».
Et il répondit :
« A la porte de la cité et au coin du feu dans vos foyers je vous ai vus vous prosterner et adorer votre propre liberté,
Comme des esclaves qui s’humilient devant un tyran et bien qu’il les terrassent le glorifient.
Dans le jardin du temple et dans l’ombre de la citadelle j’ai vu les plus libres d’entre vous porter leur liberté comme un boulet à traîner.
Et en moi mon coeur saigna ; car vous ne pourrez être libre que si le désir de quérir la liberté devient un harnais pour vous, et si vous cessez de parler de liberté comme d’un but à atteindre et d’une fin en soi.
Vous ne serez réellement libre tant que vos jours ne seront pas chargés de soucis et que l’indigence et la souffrance ne pèseront pas sur vos nuits,
Mais plutôt lorsque votre vie sera ceint de ces contraintes et dès lors au-dessus d’elles vous vous élèverez, nu et délié.
Et comment pourriez-vous vous élever au-dessus de vos jours et de vos nuits si vous ne brisiez pas les chaînes que vous avez vous-même, à l’aube de votre esprit, attachées autour de votre midi ?
En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons qui brillent au soleil et éblouissent vos yeux.
Et qu’est-ce que la liberté sinon des fragments de vous-même que vous cherchez à écarter pour devenir libre ?
Si vous croyez que la clé de la liberté se trouve derrière une loi injuste qu’il suffit d’abolir, dites-vous que cette loi a été inscrite de votre propre main sur votre propre front.
Vous ne pouvez l’effacer en brûlant tous vos livres de lois, ni même en lavant les fronts de vos juges, dussiez-vous y déverser la mer entière.
Et si vous pensez qu’en détrônant un despote, vous retrouverez votre liberté, voyez d’abord si son trône érigé en vous-même est bel et bien détruit.
Car nul tyran ne pourra dominer des sujets libres et fiers, que s’il existe déjà une tyrannie dans leur liberté et une honte dans leur fierté.
Et si vous cherchez à chasser vos soucis ou à dissiper vos craintes pour libérer ainsi votre esprit, sachez que vous-même les avez choisis avant que vous ne les ayez subis.
Et que le siège de votre frayeur est dans votre coeur et non point dans la main de celui qui vous fait peur.
En vérité tout ce qui se meut en vous est dans une constante semi-étreinte : ce qui vous terrifie et ce qui vous réjouit, ce que vous chérissez et ce que vous haïssez, ce que vous désirez saisir et ce que vous cherchez à fuir.
Vos actes sont des jeux d’ombres et de lumières en couples enlacés.
Toute ombre se dégrade, se fond et se meurt à l’arrivée d’une lumière,
Et quand l’ombre s’évanouit et n’est plus, toute lumière qui s’attarde derrière ses lisières devient alors une ombre pour une autre lumière.
Et ainsi quand votre liberté se désenchaîne devient elle-même les chaînes d’une plus grande liberté. »

Khalil Gibran, Le prophète

Un voyage inédit aux sources du langage et de la peinture.
Dans ce livre unique, Alain Rey et Fabienne Verdier partent à la découverte des sources de leur inspiration langagière et picturale. Les forces telluriques, la musique, le chant de la terre, le cosmos… À deux voix, ils dessinent les contours des formes sensibles du monde : une « polyphonie » littéraire et artistique, illustrée des tableaux, des films, des Carnets et des photographies de l’artiste à l’œuvre dans son atelier.

UNE ÉDITION CINQUANTENAIRE EXCEPTIONNELLE

Pour ses 50 ans, Le Petit Robert s’illumine de 22 œuvres originales de l’artiste Fabienne Verdier.

Le Petit Robert - Voix-Vortex
  • 22 tableaux originaux de Fabienne Verdier commentés par Alain Rey
  • Une préface d’Alain Rey sur l’histoire du Petit Robert et l’édition anniversaire
  • Un cahier de 8 pages sur l’échange artistique et littéraire entre le lexicographe et l’artiste
  • Une nouvelle édition avec de nombreux mots et sens nouveaux, de nouvelles expressions, locutions et citations littéraires
  • Et toujours, une description inégalée de la langue française : 300 000 mots et sens, 35 000 citations littéraires, 150 000 synonymes et contraires, 75 000 étymologies
Prix : 64,50 €
ISBN : 978-2-32101-060-9
Relié sous jaquette
Format : 24,7 x 26,8 cm
3 022 pages

Parution le 17 août 2017

DEUX NOUVELLES ÉDITIONS
DE FIN D’ANNÉE

Parution le 19 octobre 2017

Le Petit Robert devient quinquagénaire

À l’occasion de ses 50 ans, Le Petit Robert annonce la parution dès le 17 août 2017 d’une nouvelle édition anniversaire qui se déclinera sous trois versions. La nouvelle progéniture sera notamment illustrée par vingt-deux œuvres originales de l’artiste Fabienne Verdier commentées par le linguiste Alain Rey. Un voyage poétique au sein d’un dictionnaire qui se consulte comme il se contemple pour nous rappeler que les mots et la magie de leurs sens infinis ne sont qu’un gigantesque cadavre exquis.

Dans ma jeunesse, je rendis visite à un saint dans son bosquet silencieux qui se trouvait derrière les collines ; alors que nous nous entretenions de la nature de la vertu, un brigand arriva en claudiquant péniblement.

Lorsqu’il atteignit le bosquet, il s’agenouilla devant le saint et dit :
« Ô Saint, je voudrais être consolé ! Mes péchés sont trop lourds. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, mes péchés sont trop lourds. »
Le brigand dit : « Mais je suis un voleur et un pillard. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, je suis un voleur et un pillard. »
Le brigand dit : « Mais je suis un assassin, et le sang de plusieurs hommes crie dans mes oreilles. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, je suis un assassin, et dans mes oreilles crie le sang de plusieurs hommes. »
Le brigand dit : « J’ai commis d’innombrables crimes. »
Et le Saint de répliquer : « Moi aussi j’ai commis des crimes sans nombre. »
Puis le brigand se releva et regarda le saint ; il y avait un étrange regard dans ses yeux.
Et quand il nous quitta, il descendit la colline en sautillant.
Je me retournai vers le saint, disant : « Pourquoi t’accuses-tu de crimes non commis ?
Ne vois-tu pas que cet homme est parti en ne croyant plus en toi ? »
Et le saint répondit :
« Il est vrai qu’il ne croira plus en moi. Mais il est parti très consolé. »
À ce moment-là, nous entendîmes le brigand chanter très loin, et l’écho de sa chanson remplissait la vallée de joie.

Pour réaliser cette anthologie, Jean-Pierre Dahdah a recherché dans toute l’oeuvre de Khalil Gibran, en anglais ou en arabe, ainsi que dans sa correspondance, les joyaux de sa pensée, les passages fulgurants, les textes éclairants, les maximes et adages utiles à notre existence et à notre réflexion.
Cette sélection est articulée selon le plan même de son chef-d’oeuvre, Le Prophète, afin de rester proche des thèmes chers au poète, thèmes majeurs qui l’ont fasciné toute sa vie durant.
Ce recueil nous propose donc les textes essentiels qui nous permettent de mieux comprendre l’originalité profonde de l’inspiration de Khalil Gibran.

En 1947, Raymond Queneau prend l’autobus, du Panthéon à Saint-Lazare, et se montre satisfait de son voyage au point de le renouveler quatre-vingt dix-neuf fois ; bel exercice de style… Quelque cinquante ans plus tard, Stéphane Tufféry revient sur les traces de son illustre prédécesseur, proposant à son tour une centaine de parcours R.A.TyPiques qui entremêlent les confessions d’un rappeur, les rêveries d’un chimiste, les affres d’un paranoïaque ou les déclamations d’une certaine Marguerite Duraille…

Cette planète est notre berceau mais nous l’avons saccagée.
Nous ne pourrons plus jamais la soigner ni la retrouver comme avant.
Quand la maison s’effondre, il faut partir.
Recommencer tout,
autrement et ailleurs.
Le Dernier Espoir, c’est la fuite.

Décidant d’aller voir si l’aventure humaine peut recommencer ailleurs, un jeune ingénieur en aéronautique conçoit et fabrique un gigantesque voilier solaire, capable de se propulser dans le vide interstellaire. A son bord, 144.000 passagers, dont la descendance aura une chance de parvenir à destination, après un voyage de 1000 ans.

Il y a tout juste quarante ans, Queneau exécutait 99 variations d’une même histoire. Il le fit avec un tel brio, il créa des effets si drôles que ces « exercices de style » furent un succès en librairie. Alors, se demanderont lecteurs, critiques, littérateurs, buveurs, sorbonnocrates et pataphysiciens, quel est l’intérêt de recommencer ? Pourquoi ne pas attendre quelques siècles, comme La Fontaine le fit pour Esope ?

« J’ai tenté, en acceptant la contrainte que me proposait Queneau, d’illustrer les avatars du français et de lui en imposer de nouveaux. Mais j’ai surtout voulu apprendre et m’amuser, en espérant que le lecteur en fasse autant. Cela ne signifie pas que les limites soient atteintes, que ces exercices soient exhaustifs. A l’instar des yeux de la belle marquise qui peuvent faire mourir d’amour de mille façons, le récit d’origine peut être repris à l’infini, ou peu s’en faut.

On pourrait l’écrire encore de manière biblique, créole, aphasique, scolaire, pathétique, géographique, architecturale, bibliographique, etc. On pourrait le mimer, le chanter ou le danser. On pourrait utiliser l’alphabet grec, les caractères cyrilliques, les motifs rupestres. On pourrait peut-être même le traduire et l’appliquer à une autre culture. » Bernard Demers