Peut-on soigner par la danse ? Peut-on donner à la danse une place dans l’arsenal thérapeutique ? A-t-elle la capacité de mobiliser la sphère psychique de l’individu qui « entre dans la danse » ? Quel corps la danse met-elle en mouvement ? Comment s’élabore-t-il et comment, par son intermédiaire, le sujet se construit-il du même coup, et avec lui l’espace, le temps et les nuances de la présence qui fondent la relation et les interactions ?

Si, nous dit l’auteur, la danse n’est pas thérapeutique en elle-même – pas plus que l’art ou la parole -, elle peut le devenir grâce au dispositif dans lequel elle s’inscrit. Ainsi à partir d’une longue pratique de la danse-thérapie, Benoît Lesage pose, dans cet ouvrage, les fondements théoriques de cette discipline et livre des outils qui permettent de les incarner. A la croisée de l’art, de la création, de la psychomotricité, de la thérapie à médiation corporelle et de la pratique groupale, le parcours interdisciplinaire qu’il propose s’ouvre à la clinique, abordée ici en relation avec diverses populations : personnes psychotiques polyhandicapées, présentant des troubles du comportement et de la communication, autistes, anorexiques, porteuses de handicap sensorimoteur…

Au-delà des enjeux cliniques et thérapeutiques évoqués ici, la danse-thérapie hérite de la danse la faculté essentielle et fondatrice de convier les hommes à partager le rythme, les images, le plaisir sensoriel et parfois sensuel, en puisant aux mémoires individuelles et communautaires. Cet ancrage immémorial dans les mythes et dans l’enfance en fait une source dynamique qui peut remettre en marche le sujet… pas à pas.

Des milliers de femmes et d’hommes aujourd’hui se retrouvent régulièrement sur le parquet de danse, pas seulement pour exprimer leur vitalité en musique, s’amuser ou se séduire, mais aussi pour rejeter des siècles de frustrations, de tabous et de névroses. Se soigner et s’épanouir en dansant, imagine-t-on thérapie plus exaltante ?

Pour nous présenter la danse-thérapie, mélange singulier d’exultation corporelle, d’improvisation rythmée et de psychanalyse de groupe, Catherine Maillard a interrogé cinq écoles :

la danse des cinq rythmes de Gabrielle Roth,
le life art process d’Anna Halprin,
la biodanza de Rolando Toro,
la danse biodynamique de Rafael Baile,
la danse médecine de Susannah et Ya’Acov Darling Khan.

Et pour nous permettre de mieux appréhender cette pratique en pleine floraison, quatre experts ont été invités à en parler :

l’anthropologue et psychanalyste France Schott-Billmann, qui compare danse primitive, psychanalyse et danse-thérapie,
le psychiatre Jean-Pierre Klein, qui dirige la principale école d’art-thérapie française,
les deux grands chorégraphes Carolyn Carlson et Angelin Preljocaj, qui s’accordent à dire que, chaque être humain étant un danseur né, la danse-thérapie s’adresse à tous.

Les fous du Monte Verità 

Sur les rives du lac Majeur, Ascona somnole dans la quiétude d’une après-midi bercée par les reflets du soleil. Les terrasses de la promenade des rives du lac accueillent des badauds détendus dans le climat tessinois. Bercés par la douceur du paysage, ils ne remarquent guère la petite colline qui se gravit à pied non loin de là (quelques centaines de mètres à peine). Mais comment imaginer que la commune la plus basse de Suisse (196 mètres) abrite un « axe du monde », un point de rapprochement vertical entre le Ciel et la Terre, la colline baptisée le Monte Verità, la montagne de la vérité ?

[…]

Delphine Bovey

https://www.vivreensemblelongtemps.ch/les-fous-du-monte-verita-ascona.html

Monte Verità
La Montagne de la vérité

France | 1997 | 52 minutes | Betacam SP

Un film de Henry Colomer

A la fin du siècle dernier, naît en Allemagne un mouvement tourné vers le passé, vers la pureté des origines, un idéal de liberté et de beauté : le mouvement de réforme de la vie. Il invite ses adeptes à fuir la ville, ses conflits, ses plaisirs factices. Artistes libertaires, colonies végétariennes, … de nombreuses sectes naissent alors. Le film recherche les racines de ce mouvement dans l’histoire allemande et analyse son implantation en 1900 dans un lieu « inspiré » : le Monte Verita, la colline de la vérité, sur les bords du Lac Majeur, au-dessus d’Ascona. Fondé par Henri Oedenkoven, fils d’un grand industriel d’Anvers et Ida Hoffman, musicienne du Montenegro , ainsi que par Gusto Gräser, le « prophète aux pieds nus » décrit par Hermann Hesse, et quatre autres pionniers, Monte Verità devient un lieu de refuge pour de nombreux rebelles de la politique et des arts : des écrivains et des poètes, comme Hermann Hesse et Erich Müsham, des danseurs, comme Isadora Duncan, Mary Wigman, Rudolf von Laban, le psychanalyste Otto Gross,… Le réalisateur décrit les sectes et les mouvements qui gravitent autour de ce noyau, avec toutes leurs ambiguités, notamment celui des « oiseaux migrateurs », auquel Gusto Gräser a été lié, qui a rendu familières et présentables des idées et des modèles de comportements que l’on retrouvera dans l’idéologie nazie : un passé idéalisé, les valeurs du sol et de l’enracinement, l’attachement organique du groupe à son chef, l’antisémitisme et le racisme.

Peut-on se soigner par la danse ? Depuis des millénaires, l’être humain a toujours dansé, se connectant ainsi à des énergies créatrices et transformatrices qui le guérissent.

En s’appuyant sur les fondements anthropologiques, sociologiques et sur l’histoire des religions, cet ouvrage montre les bénéfices de la danse et du rythme sur le corps et la psyché. Non seulement elle permet de réveiller nos forces vitales, mais aussi de réguler les désordres physiques, énergétiques, psychiques et sociaux.

Ainsi la danse représente un élément de réponse originale aux enjeux de notre temps. Elle peut nous aider à communier avec les sources profondes de notre être, pour réinventer une autre façon de vivre ensemble, et retrouver un juste équilibre corps esprit que notre culture occidentale dualiste a indûment séparés. L’expérience de la danse fait comprendre qu’ils ne font qu’un, et que l’Homme fait partie de l’univers…

4 expériences de retour à la nature (2/4)

Monte Verità, une réforme de la vie sur la montagne

Inspirés par le mouvement germanique de la Lebensreform (la réforme de la vie), six jeunes gens fondent en 1900 à Ascona la communauté Monte Verità qui devient rapidement un important centre culturel où se croisent dans un foisonnement intellectuel rare, artistes, écrivains et danseurs.

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/retours-a-la-nature-24-monte-verita-une-reforme-de-la-vie-sur-la-montagne

Summer camp (5/5): Monte Verità, la célébration des corps d’une communauté pré-hippie

Au début du XXe siècle, une petite communauté pré-hippie s’installe sur les bords du lac Majeur. Elle va accueillir écrivains, peintres, musiciens ou danseuses dans une célébration naturaliste des corps.

https://www.lesinrocks.com/2012/08/26/arts/summer-camp-monte-verita-11288720/

Scène de la colonie du Monte Verità – Revue Initiales n° 4, septembre 2014

Présentation
Monte Verità revisité, constellé, réinitialisé

Après George Maciunas, John Baldessari et Marguerite Duras, c’est à une expérience collective et à un lieu que s’intéresse en 2014 la revue Initiales avec cette quatrième livraison dédiée à Monte Verità.

Une communauté à géométrie variable à laquelle théoriciens et artistes donneront corps à travers les 130 pages de cette revue d’art et de recherche « rétro-prospective ».

Initiales M.V. pour Monte Verità, du nom de cette colline du canton du Tessin en Suisse où s’implanta, en 1900 et jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, une communauté d’artistes et anarchistes pré-hippie.
Un collectif donc, à rebours du travail de décryptage d’une figure unique, puisqu’ici, de l’écrivain Herman Hesse au psychanalyste Otto Gross, en passant par Dalcroze et Laban, deux théoriciens de l’art chorégraphique, les danseuses Mary Wigman et Isadora Duncan ou encore l’économiste Max Weber, c’est toute une galerie de portraits qui s’offre à nous. Et autant de personnalités diverses, réunies temporairement, le temps d’un projet qui connaîtra ses heures de gloire avant une descente aux enfers parfois mal interprétée.
Autre enjeu majeur pour cette revue d’art et de recherche qu’est la revue Initiales, la disparition relative de cet épisode qui échappa longtemps aux radars de l’histoire de l’art, jusqu’à sa redécouverte, à la fin des années 1970, par le commissaire d’exposition Harald Szeemann. Et donc une réflexion plus générale sur la question et la matérialité de l’archive. Installé à Tegna, à quelques kilomètres de Monte Verità, Szeemann fondera successivement, en 1978, 1983 et 1987, trois musées documentant les vestiges de l’ancienne communauté – dont l’un d’entre eux, construit sur le site de l’ancienne Casa Anatta accueille depuis 1981 l’exposition permanente « Les Mamelles de la vérité ». Curateur et théoricien culte, Harald Szeemann sera l’une des figures à hanter ce projet éditorial. Le contexte politique, économique et idéologique de cette période, qui présente bien des similitudes avec notre époque, constituera également un angle de lecture.
De nombreux artistes d’aujourd’hui enfin, de Kaye Donachie à Nico Vascellari en passant par David Evrard, Lola González, Gaëlle Cintré ou Romana Schmalisch viendront également émailler ce quatrième numéro.

Une colline dominant Ascona et le lac Majeur est devenue dès 1900 un haut lieu de la liberté de pensée et de vie. A Monte Verità le jaillissement des esprits fut proprement stupéfiant à un moment où en Europe les interrogations sur un mode de vie alternatif et les condamnations de la société industrielle se faisaient pressantes: recherches croisées et innovations dans tous les arts, ardeur réformatrice jusqu’à la libération des corps et du sexe, ascétisme végétarien, valeurs opposées à la morale bourgeoise dans une succession de groupes et de courants d’idées, chorégraphes d’avant-garde, révolutionnaires russes, Allemands en nombre comme dans une banlieue de Munich, vagabonds-prophètes inspirant Hermann Hesse, chercheurs de grand renom réunis autour de Carl Gustav Jung, historiens des religions tel Mircea Eliade ou inspirateurs futurs du New Age rapprochant l’Orient et l’Occident. Il n’existait pas de livre en langue française pour décrire l’un des feux d’artifice les plus étonnants du 20e siècle. Le voici, dans une approche nouvelle et contemporaine des pouvoirs d’un lieu.

Le corps est un univers à rencontrer d’urgence et qui peut nourrir la pratique de tout art, y compris celui de soigner ou d’enseigner. « Dansez ! » s’adresse donc autant aux danseurs qu’aux acteurs, psys et thérapeutes de tous horizons, philosophes, poètes et à tous ceux pour qui le corps est le point de départ de la connaissance. Art, spiritualité et thérapie sont ici indissociables.
La danse y est vécue comme outil de transformation en englobant l’être entier, physique, subtil et spirituel, vers l’expérience de l’unité. . La danse vue par Poumi Lescaut nous invite à poser un regard neuf sur soi, sur l’autre, sur la vie de tous les jours en déshabituant le regard, qui alors s’élargi. Nous sommes invités à explorer tous les étages de l’être, dense et subtils qui s’unifient pour accoucher de notre propre mystère.

« Ce livre est un puzzle merveilleux. Une combinaison inclassable. On y trouve des cosmogonies, des envolées esthétiques et des considérations scientifiques, des témoignages spirituels et beaucoup de souvenirs extraordinaires, notamment rapportés d’Inde. Dans ce livre, on trouve aussi de très intéressantes considérations sur le mouvement, sur le corps, le rythme, la respiration, l’énergie, l’espace-temps, le vide. »
Extrait de la préface de Patrice van Eersel.

Se dépouiller à l’extrême pour danser la vie danse ce qu’elle a de plus pathétique, de plus dramatique, de plus comique parfois, voire de plus sensuel. Renoncer aux fleurs, aux couronnes, aux costumes de quelque époque et de quelque nature que ce soit, aux collants, aux maillots même. Pour aller au plus près de la vérité du corps en mouvement.

Cette mise à nu du danseur correspond à des préoccupations ancestrales. Comme l’attestent aujourd’hui encore diverses cérémonies tribales. mais c’est assurément en ce XXe siècle où le corps s’est libéré de tout ce qui entravait son épanouissement qu’elle a trouvé sa plénitude artistique.

De Ted Shawn à Hans van Manen, en passant par Béjart, Neumeier et Flindt, nombreux sont les chorégraphes qui, à n moment ou à un autre, ont souhaité reculer les barrières du possible et du licite pour permettre au danseur d’être plus que jamais lui-même.

Célébré, exhibé, purifié, rudoyé… c’est toujours le corps vécu en toute vérité qui est ici évoqué.

Mise au point par Gabrielle Roth, artiste américaine qui enseigne l’art du mouvement depuis de nombreuses années, la danse des cinq rythmes dépasse largement le cadre du divertissement.

Au confluent des approches contemporaines du corps et de la psyché, et des pratiques chamaniques ancestrales, elle permet de se relier à soi, au groupe et à la dynamique de la vie. C’est une autre façon de parler de soi, de s’exprimer avec son corps, de laisser danser son âme.

Très physique et d’inspiration libre, cette danse permet d’explorer 5 rythmes : fluide, staccato, chaos, lyrique et quiétude.
L’enchaînement crée ce qu’on appelle « une vague » qui s’apparente à un voyage dansé, avec soi, l’autre, le groupe. Au détour des 5 différents rythmes, l’estime de soi, l’enracinement et l’expression de soi s’apprennent alors dans le plaisir.

Vous avez un corps, vous avez une âme qui a besoin de s’éveiller et de se déployer, alors lisez ce livre…

Daina Ashbee, Serpentine, 2017

Serpentine est une installation-performance, où Ashbee capture l’essence sombre et féminine de ses trois œuvres précédentes. Confrontée à une composition pour orgue électrique à la fois dérangeante et puissante, la danseuse Areli Moran répond par une gestuelle lente qui se métamorphose peu à peu en la présence d’une violence concentrée. 

Assumant pleinement l’abstraction de son langage chorégraphique, Ashbee manifeste néanmoins des images fortes et percutantes sur scène. La répétition joue un rôle clé dans ses trois œuvres passées et la chorégraphe l’utilise à nouveau avec Serpentine. Elle demande ainsi à l’interprète de répéter un cycle de 30 minutes, plusieurs fois par performance.

Ashbee s’intéresse au changement qui s’effectue avec le temps et la répétition. On peut choisir de regarder la pièce une fois en 30 minutes ou se défier à la répétition, en se demandant comment l’espace et l’expérience se transforment à travers la répétition de chaque cycle.