Si ce que l’Occident a retenu sous le nom de zen (chan en chinois) est bien aux antipodes de la sottise qu’on en a faite (le « soyez zen » du discours publicitaire le rabattant en morale lénifiante de substitution, en temps de « crise », à la morale de l’effort) ; si le zen représente d’ailleurs en lui-même plus qu’une tradition particulière, parmi les écoles de l’Extrême-Orient, et constitue bien une expérience essentielle de la pensée -, c’est précisément qu’il enseigne comment c’est par décoïncidence que nous vient la conscience : comment c’est seulement en se désolidarisant brusquement du régime d’adéquation de l’esprit qu’on peut prendre conscience de l' »ainsi ».

Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

Quel synonyme trouver au mot art ? La signification la plus haute de la création humaine. Et peut-être ce qui donne une raison d’être, un sens à la vie.

Denise René

La perlaboration se définit essentiellement comme la répétition de l’élaboration des interprétations qui permettent le passage d’un insight initial à un changement durable dans les réactions ou le comportement du patient.

Ralph R. Greenson, Technique et pratique de la psychanalyse

Seul l’aspect pur des éléments, dans des proportions équilibrées, peut atténuer le tragique dans la vie et dans l’art.

Piet Mondrian

En somme, il faut distinguer entre le désir de soulager qui domine la psychothérapie et celui d’analyser, qui implique un travail d’une autre nature. D’où les malentendus entre supervisé et superviseur. Le premier voudra que le superviseur reconnaisse que le patient « a fait des progrès », tandis que celui-ci pourra faire remarquer, sans contester les progrès, que la nature de ceux-ci, ne plaide pas en faveur d’une intégration portant sur la reconnaissance de l’inconscient. Et l’évolution vers l’autoanalyse (F. Busch).

Les mérites des deux méthodes ne sont pas à opposer mais à distinguer, en reconnaissant ce qui est spécifique au travail analytique. Il faut pour cela admettre que l’effet recherché de l’analyse ne se limite pas au « progrès » de l’analysant, et se donner pour but la nécessité de parvenir à une sorte de « conversion » interne […].

André Green, Illusions et désillusions du travail psychanalytique

Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l’unisson de millions d’autres à travers les siècles, tout cela c’est la vie.

Etty Hillesum

La mère qui sort à peine d’une expérience éreintante, a une tâche extrêmement difficile. Elle doit être au fait d’une sorte de puissance par rapport à laquelle ni le sein gonflé ni le sein au repos n’est exactement approprié. Elle est en cela grandement aidée par la puissance génitale de son homme.

Donald W. Winnicott, La nature humaine

Nous savons depuis longtemps que nous devons nous attendre également aux mêmes complexes et aux même conflits chez tous les gens sains et normaux. Nous nous sommes même habitués à supposer chez tout homme civilisé une certaine dose de refoulement des motions perverses, d’érotisme anal, homosexualité et autres, ainsi qu’une part de complexe paternel et maternel, et d’autres complexes encore, tout comme l’analyse élémentaire d’un corps organique nous pouvons déceler en toute certitude les éléments : carbone, oxygène, hydrogène, azote et un peu de soufre. Ce qui distingue les uns des autres les corps organiques, c’est la proportion quantitative de ces éléments et la constitution des liaisons qu’ils établissent entre eux. Ce dont il s’agit chez les normaux et les névrosés, ce n’est donc pas l’existence de ces complexes et conflits, mais la question de savoir si ceux-ci sont devenus pathogènes, et en ce cas quels mécanismes ils ont mis en oeuvre.

Sigmund Freud, Résultats, idées, problèmes T. I

Je suis d’avis que chaque forme de psychopathologie représente, chez l’individu, un type spécifique de limitation de sa capacité d’être pleinement vivant en tant qu’être humain. Le but de l’analyse est dès lors plus large que celui de résoudre un conflit intrapsychique inconscient, réduire la symptomatologie, renforcer la subjectivité réflexive et la connaissance de soi, accroître la faculté d’initiative personnelle. Bien que la sensation d’être vivant soit intimement mêlée à chacune des capacités sus-mentionnées, l’expérience de la vitalité possède, je crois, la qualité de leur être hyperonymique, et doit par conséquent être estimée comme un aspect de l’expérience analytique selon ses propres termes.

Thomas H. Ogden, Analyser les formes de vie et de mort dans le transfert/contre-transfert

Il n’y a rien de certain au sujet de l’art sinon que c’est un mot […]. L’art en soi, c’est la partie éternellement muette dont on peut parler éternellement.

Willem de Kooning (1904 – 1997)

Ce qui nous fait souffrir c’est le manque de contact avec les différents niveaux de nous-mêmes.

René Roussillon, Le travail technique, conférence présentée à l’hôpital Jean-Talon, Québec, avril 1994

Dans ma jeunesse, je rendis visite à un saint dans son bosquet silencieux qui se trouvait derrière les collines ; alors que nous nous entretenions de la nature de la vertu, un brigand arriva en claudiquant péniblement.

Lorsqu’il atteignit le bosquet, il s’agenouilla devant le saint et dit :
« Ô Saint, je voudrais être consolé ! Mes péchés sont trop lourds. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, mes péchés sont trop lourds. »
Le brigand dit : « Mais je suis un voleur et un pillard. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, je suis un voleur et un pillard. »
Le brigand dit : « Mais je suis un assassin, et le sang de plusieurs hommes crie dans mes oreilles. »
Et le saint répliqua : « Moi aussi, je suis un assassin, et dans mes oreilles crie le sang de plusieurs hommes. »
Le brigand dit : « J’ai commis d’innombrables crimes. »
Et le Saint de répliquer : « Moi aussi j’ai commis des crimes sans nombre. »
Puis le brigand se releva et regarda le saint ; il y avait un étrange regard dans ses yeux.
Et quand il nous quitta, il descendit la colline en sautillant.
Je me retournai vers le saint, disant : « Pourquoi t’accuses-tu de crimes non commis ?
Ne vois-tu pas que cet homme est parti en ne croyant plus en toi ? »
Et le saint répondit :
« Il est vrai qu’il ne croira plus en moi. Mais il est parti très consolé. »
À ce moment-là, nous entendîmes le brigand chanter très loin, et l’écho de sa chanson remplissait la vallée de joie.

Dégonflez l’importance

La seconde notion de Transurfing qui me paraît être une véritable perle pour vous est celle qui concerne les forces d’équilibrage. C’est de la physique on ne peut plus basique : si vous voulez vous tenir debout au milieu d’une pièce, vous n’avez pas grand-chose à faire et cela ne vous demandera pas beaucoup d‘énergie. Il suffit de placer votre centre de gravité au milieu de votre base de sustentation (vos pieds) et de laisser l’attraction terrestre faire son œuvre. En revanche, si vous vous tenez debout tout au bord d’une falaise, les choses vont se compliquer. L’attraction que le vide exerce sur vous va vous obliger à vous crisper et à tendre votre corps vers l’arrière. Cette attraction du vide vous oblige à mettre en place des « forces d’équilibrage » pour ne pas tomber. Il en irait de même si vous marchiez sur une poutre au-dessus du vide. Vos bras balanciers chercheraient sans cesse à vous redonner de l’équilibre. Notez que la même poutre, posée au milieu de votre salon, ne vous ferait pas tanguer autant.

Transposons ce principe au développement personnel : nous nous plaçons tout seul au bord de la falaise (ou sur une poutre à 30 mètres de hauteur) chaque fois que nous donnons trop d’importance à un événement. Parfois, on dirait que les surefficients sont en train de jouer leur vie pour un simple coup de fil ! Inversement, quand on ne donne pas assez d’importance aux choses (exemple au hasard : l’argent), on se créé aussi des ennuis. Bref, si on ne reste pas assez concentré au bord de la falaise, on risque la chute.

De ce concept de « forces d’équilibrage » de Vadim Zéland, j’ai tiré une philosophie personnelle que je m’efforce de mettre en application quotidiennement :

Savoir donner l’importance JUSTE aux choses (ni trop, ni pas assez), c’est le travail de toute une vie.

Nous avons pu montrer ailleurs que l’attitude thérapeutique paradoxale structurait un espace de   jeu et relançait les processus transitionnels  (du moins quand certaines conditions d’utilisation étaient remplies) en même temps qu’elle permettait aux soignants de « contenir » à bon compte thérapeutique l’agressivité contre-transférentielle induite.

Cette activité de relance, cet espace de jeu présente trois propriétés que nous ne ferons qu’ébaucher ici, nous réservant de développer cette analyse ailleurs.

* La première de ces propriétés, non la moindre, bien que les thérapeutes pragmaticiens ne lui accordent qu’une faible importance, est la délimitation d ‘un espace-temps, limite, défini comme situation de soin et qui fonctionne comme appui externe a la constitution d ‘un espace interne. Un cadre est ainsi construit.

* Second aspect : le thérapeute, sans toujours en être conscient, est amené a présenter (formuler ou mettre en forme) des représentations psychiques au patient, il « nourrit » les processus élaboratifs dans une activité que nous avons rapprochée de la capacité de rêverie maternelle décrite par Bion et qui s’apparente, a un niveau métaphorique, à la « présentation d’objet » du maternage, selon Winnicott.

* En troisième lieu, le thérapeute adopte à l’égard de la vie psychique une certaine attitude qui transmet un cadre de référence décale par rapport à celui du patient, cadre de référence qui introduit un certain décollement par rapport aux imagos mobilisées, qui introduit un certain jeu dans les représentations psychiques et dans les processus.

Didier Anzieu, Paris, 24 mars 1994 © Mélanie Gribinski

Une définition possible de la cure psychanalytique, celle de permettre au patient de faire des expériences archaïques, fondamentales, constitutives de la psyché, du moi, et du penser, qu’il n’a pas eu l’occasion de faire dans son existence naturelle.

Didier Anzieu, Journal de psychanalyse de l’enfant n° 14, 1993

Contrairement aux idées reçues, le nudisme ne consiste pas à être nu tout le temps partout. En revanche, à travers la réhabilitation de la nudité, il est avant-tout un questionnement sur notre identité et notre nature, notre comportement relationnel et notre culture. Partant d’une démarche de santé du corps, de l’âme et de l’esprit, il débouche inévitablement sur des considérations d’ordres philosophique et spirituelle, impliquant des prises de positions particulières, souvent à rebours de nos habitudes culturelles.

Julien Wolga, Le nudisme

Cette jeune science [la psychanalyse] est née, pour le dire vigoureusement, de l’avortement de la pensée du symptôme.

Paul-Laurent Assoun, Crise passagère, crise infinie in « La psychanalyse en procès », Hors série du Nouvel Observateur n° 56, octobre/novembre 2004

Masud R. Khan

Il m’a dit, lors de la première séance : « Vous n’êtes pas venu me voir pour me parler de votre vie sexuelle, ni pour parler de votre enfance ni pour parler de vos rêves. Vous êtes venu me dire simplement ce que vous avez dans la tête. »

Paroles de Masud R. Khan adressées à Adam Phillips, Is ordinary good enough ? Entretien avec Michel Gribinski, Penser/rêver n° 22, automne 2012

On souffre du non-approprié de notre histoire et on guérit en symbolisant, en rejouant.

Entretien avec René Roussillon, Regards sur la souffrance, revue Gestalt n° 30, 2006

La bonne question pour interpréter l’énoncé ne serait donc pas « qu’est-ce qu’il a dit ? », mais « qu’est-ce qu’il fait en disant cela ? ». C’est d’ailleurs ce que Freud avait déjà bien senti et théorisé en termes de transfert.

Jacqueline Cosnier, Du côté du non-verbal, Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe n° 17, 1991

© C. Hélie / France Culture

Le surmoi ne prononce pas d’injonctions, il ne dit pas: « Tu dois », mais : « Tu aurais dû » ou : « Tu n’aurais pas dû » (il vous tutoie toujours celui-là, ce détestable ennemi intime qui prétend être votre ami, vouloir votre bien). Il vient constater la faute après qu’elle a été commise. L’effort de l’obsessionnel pour faire que la faute, fût-ce la plus infime, n’ait pas été commise, pour que ça ne soit pas arrivé (l’annulation rétroactive), vise à contrecarrer la voix du surmoi. Elle ne parvient qu’à la renforcer, à en accentuer la férocité, une férocité parfois doucereuse.

J.-B. Pontalis, En marge des jours

© Mélanie Gribinski

Cette petite fille qui va à la gare avec son père et sa mère prendre le train pour la première fois, on la fait monter difficilement, on l’installe, on abaisse la tablette, on lui donne des jouets, un livre, le train démarre, roule. Tout d’un coup la petite fille s’affole : « Où est le train ? » La mère lui dit « Ben, il est là, nous sommes dedans. » La petite fille dit : « Non, je veux descendre, où est le train ? » Alors à ce moment-là que se passe-t-il ? En général le père ou la mère donne une paire de gifle en disant « tais-toi » pendant que l’autre prend un air penaud d’avoir un enfant aussi sot. Quelque fois un voyageur avisé va prendre l’enfant par la main, la ramener jusqu’à la portière et lui fait faire à rebours tout le trajet de la portière au compartiment en l’accompagnant d’une présence attentive. Hé bien ce voyageur avisé c’est un peu le psychanalyste et les mains dont il se sert ce sont des mots.

Didier Anzieu, Bienfaits et méfaits de la psychanalyse, émission Apostrophe, 18 mars 1977