Les usages sociaux et culturels accordent à la parole et au silence une alternance qui varie d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre. Cependant, face au silence les uns éprouvent un sentiment de recueillement, de bonheur tranquille, tandis que d’autres s’en effraient et cherchent dans le bruit ou la parole une manière de se défendre de la peur.

« Soudain paraît un anthropologue singulier, David Le Breton, jusqu’alors interrogateur du corps socialisé, de l’expressivité des visages, de la douleur et des maux de la chair , qui parle d’abondance du silence. Et qui s’étonne lui-même d’avoir conçu tant de phrases sur » une étoffe de silence » . » – Georges Balandier, Le Monde.

Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer.
Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.
De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» – clin d’oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces. Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique…
Ce livre propose à Petite Poucette une collaboration entre générations pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible.

Avant ? Justement j’y étais ! Je vais vous raconter…

« Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités :  “C’était mieux avant.” Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. »

Michel Serres

Montrer que les institutions culturelles finissent par acquérir une existence autonome et par se retourner contre l’homme, tel est, ici, le propos de l’auteur de La Dimension cachée. Ce livre refuse le recours trop rapide à des explications politiques, sociologiques ou psychanalytiques. Loin des discours dominants, il remet discrètement en cause certaines idées reçues : il s’agit pour l’individu de dépasser les schémas culturels et les institutions qui le privent de la compréhension de ses possibilités et de ses limites, et l’enferment dans cette dureté à l’égard de l’autre et de lui-même.

Edward T. Hall poursuit ici son examen des « dimensions cachées » de la culture en étudiant la façon dont le temps est appréhendé et vécu dans différentes sociétés. La perception linéaire qu’en ont les Européens du Nord n’est par exemple pas celle, pluridimensionnelle, des cultures du Sud, et les malentendus qu’occasionnent ces différences sont légion.

Ce livre, nourri de recherches expérimentales et d’observations personnelles aussi riches que surprenantes, répond aussi à une visée éthique – car expliciter la variation des comportements d’une culture à l’autre, jusque dans les attitudes les plus profondément enracinées, c’est finalement œuvrer à la compréhension des autres.

La dimension cachée, c’est celle du territoire de tout être vivant, animal ou humain, de l’espace nécessaire à son équilibre. Mais, chez l’homme, cette dimension devient culturelle. Ainsi, chaque civilisation a sa manière de concevoir les déplacements du corps, l’agencement des maisons, les conditions de la conversation, les frontières de l’intimité. Ces études comparatives jettent une lumière neuve sur la connaissance que nous pouvons avoir d’autrui et sur le danger que nous courons, dans nos cités modernes, à ignorer cette dimension cachée : peut-être est-ce moins le surpeuplement qui nous menace que la perte de notre identité.

Pourquoi les amoureux ne peuvent-ils pas dire ce qu’ils ressentent ?

Faudrait-il que les enfants soient vus sans être entendus ?

Parler peut-il empêcher les familles de se quereller ?

Pourquoi certains trouvent-ils plus commode de parler à des machines ?

Devriez-vous dire à vos collègues ce que vous pensez vraiment ?

Pourquoi les hommes ont-ils du mal à exprimer leurs sentiments ?

Quelles sont les vertus du silence ?

Edward T. Hall a montré, dans La Dimension cachée, que l’espace interpersonnel est une dimension de la culture. Le Langage silencieux conduit cette réflexion sur d’autres systèmes, et notamment le temps. Qu’est-ce qu’être en retard ? Qu’est-ce qu’attendre ? Le message exprimé là est différent selon qu’il vient d’un Européen, d’un Américain ou d’un Japonais. Ainsi le temps et la culture sont-ils communication, autant que la communication est culturelle. Communication qui cache plus de choses qu’à première vue elle n’en révèle. À travers des exemples aussi précis que cocasses, Edward T. Hall développe la théorie des systèmes de communication non verbaux.

 

Edward T. Hall (1914-2009)

Anthropologue de renommée internationale, il a élaboré, à partir de l’analyse de la communication non verbale, une théorie de la culture originale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, traduits aux Éditions du Seuil, consacrés notamment à la communication interculturelle.