Quel est le sens de la psychanalyse ? Ses fins, sa portée, ses limites ? Telle est l’interrogation qui renaît de chacun des textes rassemblés ici et qui les résume tous.

Interrogation qui n’est point détachée ; procédant de l’exercice quotidien de la psychanalyse, elle est lestée de beaucoup de clinique ; car si la pratique orthodoxe, même longtemps poursuivie, de la psychanalyse n’est pas toujours garante de la rectitude d’une réflexion théorique, l’auteur croit qu’elle doit en constituer la base naturelle.

Cela toutefois ne suffit pas. Se réclamant de Freud, la fidélité dans l’interprétation de sa pensée lui semble devoir s’imposer. Elle s’impose rarement. Le freudisme, parfois caricaturé jusqu’à prendre les traits d’une Weltanschauung, est une notion dont l’étude mérite autant de rigueur et de soins que celles de marxisme ou de démocratie ; elle n’a pas été moins malmenée qu’elles.

Cette fidélité a pour condition une connaissance globale de l’œuvre en tant compte de ses proportions. Embrasser le tout de cette pensée à chacun de ses moments et la série complète de ceux-ci est le principe de l’élaboration de ces textes où sont critiquées les erreurs, ou les habiletés, de l’attitude contraire. A cet égard cet ouvrage peut être considéré comme polémique.

Ces exigences satisfaites et ces précautions prises, comment apparaît à l’auteur le sujet-objet de l’analyse : n’importe qui ? Une subjectivité, un Je qui, si obscur à lui-même qu’il s’apparaisse et si divisé en lui-même qu’il soit, n’en est pas moins de fondation là où il est, dans la psyché qui l’exprime et où s’articulent : sens, structure et quantité. Une psyché, en chacun quelque peu singulière et qui a la vocation de l’être davantage ; un Je quelque peu libre et qui a la vocation de l’être davantage.

La psychanalyse de cela ne décompose que les mécanismes, le non-vivant, au profit du reste. A ce reste elle ne touche pas, elle le contourne ;  elle ne l’explique pas, elle le dévoile. Les œuvres d’art, de connaissance, d’amour, elle ne les entame pas ; comment serait-elle capable d’en rendre raison ? Mais loin de dissoudre l’homme dans la « Structure », elle lui permet de la déjouer ; loin de le changer en « Discours », elle lui permet de soumettre les mots.

Elle ne sonne donc pas le glas de l’humanisme, elle ne le réinvente pas non plus, elle constitue seulement le préalable à tout humanisme à venir.