Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Cette dernière proposition du Tractatus de Ludwig Wittgenstein résume assez bien l’approche exigeante de la Thérapie Brève Solutionniste (TBS) développée par Steve de Shazer et Insoo Kim Berg : au lieu de s’attacher à rechercher les – hypothétiques – causes du problème, aidons le client à se construire ses propres solutions. À cet effet, le thérapeute – tout comme son client – ne dispose que d’un outil : le langage.

Il importe donc d’écouter scrupuleusement, d’écarter toute interprétation personnelle et toute attitude dirigiste, de bien poser les bonnes questions : simple, pas facile, comme aimait à le rappeler de Shazer.

Au-delà des miracles vient à point nommé actualiser la pratique de la thérapie brève solutionniste. Y sont développés – et exemplifiés par de magistrales séances de thérapie (de Shazer, Berg, Dolan) – les concepts de base de l’approche et ses interventions majeures : question (du) miracle, exceptions, questions à échelle… Le texte est ponctué par les interrogations des auteurs et les citations du décapant philosophe autrichien, dont le minimalisme radical rappelle si fort celui de Steve de Shazer.

Ce livre vient aussi remettre en question certaines idées reçues sur la TBS, qui ne rejette en rien les émotions et les problèmes mais en propose une approche différente. Austère, la TBS ? Nullement, même si, comme le dit de Shazer, elle s’apparente davantage à la finesse d’un trio de jazz qu’à l’exubérance d’un big band.

Au-delà des miracles : un vibrant hommage à l’ « écoute respectueuse » de Steve de Shazer et Insoo Kim Berg, trop tôt disparus, un outil essentiel pour le thérapeute confirmé comme pour toute personne travaillant dans le domaine des relations humaines.

En 1947, Raymond Queneau prend l’autobus, du Panthéon à Saint-Lazare, et se montre satisfait de son voyage au point de le renouveler quatre-vingt dix-neuf fois ; bel exercice de style… Quelque cinquante ans plus tard, Stéphane Tufféry revient sur les traces de son illustre prédécesseur, proposant à son tour une centaine de parcours R.A.TyPiques qui entremêlent les confessions d’un rappeur, les rêveries d’un chimiste, les affres d’un paranoïaque ou les déclamations d’une certaine Marguerite Duraille…

Cet ouvrage réunit les textes du colloque organisé par la Société Psychanalytique de Paris, « André Green », qui s’est tenu le 17 novembre 2012 à Paris (Maison de la Mutualité), présidé par Bernard Chervet.

André Green fut l’un des penseurs majeurs de la psychanalyse contemporaine. L’ampleur des champs qu’il a abordés et étudiés du point de vue de la pensée psychanalytique témoigne de son envergure. Ses travaux sont respectés par tous les milieux intellectuels et de la culture.

Ses avancées sur les états-limites font référence. De nombreuses notions qu’il a introduites ont prouvé leur valeur heuristique et nous sont devenues familières. Ainsi, le « complexe de la mère morte », la désobjectalisation, les processus tertiaires, la tiercéïté, les narcissismes de vie et de mort, ses travaux sur l’affect, la représentation, le langage, les forces de destructivité, le « mal », le rôle de l’objet et de la pulsion, l’importance de la sexualité au sein du psychisme ; mais aussi, l’introduction du « négatif » en psychanalyse et dans les autres champs culturels, son approche originale de la fonction maternelle et de la structure encadrante, matrice de la pensée, en lien à l’hallucination négative de la mère.

Afin de rendre pleinement hommage à la complexité de sa pensée, rappelons que c’est lui-même, homme du langage, psychanalyste de la parole, qui nous rappelait que quand l’affect se présente en son fond de douleur, les mots viennent à manquer.

La part infantile

Les adultes surdoués partagent une caractéristique tout à fait étonnante et pourtant bien cachée : une part infantile encore très présente. prêt à s’activer à la plus petite sollicitation. tapie au fond de la « grande personne », mais tellement vivante.

La part infantile est ce qui reste de la magie de l’enfance : le rêve, la créativité, la certitude que tout est possible. La capacité de s’émerveiller, surtout. la capacité à être submergé par une joie profonde. Pour un petit rien. Un tout petit rien. Mais aussi à être terrassé par la moindre injustice, la plus infime souffrance : un animal blessé, un vieux qui a du mal à se relever, l’enfant qui tombe alors qu’il était si fier de ses premiers pas….

[…]

  • La naïveté, expression de la crédulité

C’est une des grandes particularités de cet adulte surdoué : il continue à croire, comme un enfant. il croit au merveilleux, au magique. De la vie, des rencontres, des possibles. Sa naïveté le rend prêt à tout croire et à se retrouver vite submergé par ce que cela entraîne. les larmes aux yeux arrivent vite. Pourtant, ils s’abstient, il se comporte en « grande personne », sérieuse, réfléchie. Mais il garde, cachée, un âme d’enfant.

  • L’enthousiasme, une énergie immense.

[…] C’est un atout inouï. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est une qualité rare, très peu fréquente. Cet enthousiasme que l’on peut ressentir alors que personne ne s’anime est une énergie exceptionnelle. Qui peut changer complètement la vie. A consommer sans modération !

  • La face la plus sombre de la part infantile : la plainte et le sentiment de toute-puissance, en alternance

Un adulte surdoué est souvent dans la plainte. Comme un enfant ! Il se plaint de tout, tout le temps. Ce n’est jamais de sa faute, toujours celle des autres. Il y croit en plus. Sincèrement. Comme l’enfant qui pense que s’il a eu une mauvaise note, c’est le prof qui est méchant ou que si un parent le gronde, c’est injuste, car, dit-il, « J’ai rien fait ! ». C’est ce que l’on appelle un fonctionnement externalisée. On considère que les causes de problème sont à l’extérieur. Que notre responsabilité n’est pas engagée. Tout le monde devient potentiellement responsable : le patron, le conjoint, la société, l’économie, le gouvernement, les autres, le psy. Tous, sauf moi-même ! Car cela supposerait une profonde remise en question, opération difficile pour un surdoué fragile qui peine à avoir confiance en lui. « Je veux bien, mais je ne peux pas », répète-t-il…

Mais, lorsqu’il se rapproche dangereusement de ce point de rupture où il se sent vaciller sur ses bases, quand l’image, même vulnérable, qu’il a de lui-même menace de s’effacer totalement, on assiste à une brusque bascule : la maîtrise rigide. Soudain, l’adulte surdoué reprend le contrôle avec une illusion complète de toute-puissance, voire d’omniscience. On retrouve bien là toute la part infantile qui s’exprime : l’omnipotence du petit enfant convaincu qu’il a tout pouvoir sur les choses.

L’adulte surdoué, dans ces moments-là, partage cette certitude puérile : si je veux j’obtiens. Si j’ai décidé, rien ne peut me résister. Et j’y arriverai.

De la plainte à la toute-puissance, c’est tout le spectre de la difficile construction de soi qui se révèle. C’est cette fragilité de l’image de soi qui malmène le surdoué et le fait osciller entre des extrêmes si infantiles. C’est parce qu’il a du mal à construire une représentation stable et confortable de ce qu’il est que le surdoué flanche et se raccroche à des mécanismes dépassés. Tous les doutes avec lesquels il vit, produits par cette intelligence acérée et cette sensibilité affûtée, brouillent les pistes : qui est-il vraiment ? Ce qu’il perçoit en lui est-il suffisamment solide pour s’y appuyer en confiance ? Tel est son grand dilemme.