« Un jour, les frères chassés se sont réunis, ont tué et mangé le père, ce qui a mis fin à l’existence de la harde paternelle ». Freud résume ainsi le grand « mythe scientifique » qu’il a construit pour expliquer la naissance de l’humanité. S’appuyant sur un matériel anthropologique, linguistique, clinique, Freud cherche à comprendre ici la psychologie collective à l’aide de Ia psychanalyse. Le primitif, l’enfant et le névrosé sont les sujets de l’interprétation psychanalytique, qui devient par la virtuosité de Freud une théorie générale de l’humanité.

«  Citons une dernière fois la formule de Montaigne, qui pourrait servir de titre à notre livre  : « C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… » La philosophie, pour la plupart d’entre nous et quoi qu’ait pu prétendre Épicure, n’abolit pas ce trouble, toujours possible, mais rend cette tendresse-là un peu plus précieuse, un peu plus consciente, un peu plus réfléchie, un peu plus forte, un peu plus libre, un peu plus sage… Puis il y a le plaisir de penser (…). Penser sa vie, et vivre sa pensée, du moins essayer… C’est la philosophie même.  »

Stimulé par les questions de François L’Yvonnet, André Comte-Sponville revient sur son parcours personnel et professionnel, tout en abordant les grandes thématiques qui nous préoccupent tous – le bonheur, la politique, l’art, la morale…

Un ample tour d’horizon biographique et intellectuel. Où l’on saisit toute la complexité d’un penseur médiatique pour qui la lucidité est la première des vertus.  Claire Chartier, L’Express.

En octobre 1907, Freud reçoit un jeune homme de vingt-neuf ans, Ernst Lanzer, qui se plaint d’avoir des obsessions qui l’empêchent de vivre. Pendant neuf mois, utilisant la technique de la libre association et prenant appui sur un horrible récit de supplice chinois, Freud et son patient feront émerger d’étranges tourments sexuels et morbides jusqu’à ce que Lanzer, ayant pris conscience de la peur et de la haine féroce qu’il éprouvait envers son père, finisse par commencer à vivre la vie qu’il voulait.

Considéré par certains comme la seule thérapie vraiment réussie de Freud, le cas de l’homme aux rats est ici complété des « Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense » (1896), où Freud élabore pour la première fois le concept de névrose obsessionnelle.

« Nous devons avoir l’esprit neuf d’un débutant, affranchi de toute possession, un esprit qui sait que tout est en changement continuel. Rien n’existe si ce n’est momentanément dans sa forme et sa couleur actuelles. Une chose coule en une autre sans pouvoir être saisie. Avant la fin de la pluie, nous entendons un chant d’oiseau. Même sous la neige épaisse, nous voyons poindre des perce-neige et des pousses nouvelles. »

Shunryu Suzuki

Five acts, five chapters, five editions in five years—and more than 1,000 photographs by over 150 photographers. THE OPÉRA, Magazine for Classic & Contemporary Nude Photography, has been celebrating the essence and expression of human beings in all their facets and nuances for half a decade. Irrespective of the conventions of the fashion industry and ideals of beauty, international photo artists stage the human body as a natural work of art, as drama and stage at the same time. They always examine the feelings and stories of their models with dignity and respect for the personality of the individual. On the occasion of the five-year existence of the magazine, the editor Matthias Straub is publishing a one-of-a-kind special edition with all five editions in a limited slipcase.

Cet opus de la collection « L’Œil curieux », consacré aux portraits de femmes nues réalisés par les pionniers de la photographie : Belloc, Pierre Louÿs, Nadar et d’autres encore, offre une diversité éblouissante de poses et de mises en scène où l’académisme lui-même peut devenir sensuel, lascif, érotique…

John Blofeld est avec Alexandra David-Neel, Govinda ou Bacot un des grands découvreurs de la spiritualité orientale de ce siècle. II vécut, avant et après la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié de son existence en Extrême-Orient. En Chine, où il passa de nombreuses années, il devint le disciple de maîtres taoïstes et découvrit des pratiques et des rites restés inconnus jusqu’alors des Occidentaux.
Voici donc un passionnant et authentique témoignage sur la vie des monastères taoïstes telle qu’elle était vécue avant la Révolution culturelle. Epoque qui n’est pas si révolue puisque la Chine assiste aujourd’hui à un retour de toutes les pratiques et théories issues de l’antique taoïsme.

Texte exceptionnel et troublant, Au-delà du principe de plaisir est un tournant essentiel dans l’oeuvre de Freud.

Publié en 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale, du suicide de Viktor Tausk et de la disparition d’êtres chers, c’est le livre de la compulsion de répétition, de la névrose traumatique et de la pulsion de mort, que Freud aborde ici pour la première fois.

 

Durant les dix ans qu’elle passa en Chine, Fabienne Verdier fut formée à l’art du trait – mais aussi à l’ascèse et à la méditation taoïstes – par les plus grands maîtres calligraphes. Cette transmission au plus haut niveau de la tradition picturale chinoise à une Occidentale – et qui plus est, à une femme – constitue une expérience unique : Fabienne Verdier est tout à la fois le témoin vivant d’une discipline orientale millénaire, et une artiste contemporaine occidentale au plein sens du terme. Elle maîtrise non seulement les techniques de la peinture et de la calligraphie chinoises, mais aussi l’esprit et la philosophie qui les sous-tendent, au point qu’elle peut se permettre d’en bouleverser les règles par des apports totalement novateurs.
Les créations qui composent ce livre sont des interprétations de poèmes anciens et d’idéogrammes exprimant des concepts philosophiques, ou des voyages dans l’univers minéral et végétal. Les textes qui accompagnent les couvres, et dont ils sont la matrice, expriment une profonde communion avec la nature. L’art calligraphique se fonde en effet sur une adéquation parfaite entre l’âme de l’artiste et le  » principe qui régit toute chose ». II exige une implication totale du corps et de l’esprit. Après des heures de silence et de concentration, toute la difficulté réside dans le fait qu’une fois le geste amorcé, le sort du tableau est joué sans qu’il soit possible de revenir en arrière : « La règle se fonde sur l’Unique Trait de pinceau, écrivait au XVllle siècle Shitao, l’un des plus grands peintres chinois. L’Unique Trait de Pinceau est l’origine de toutes choses, la racine de tous les phénomènes. »
Les préfaces passionnantes de deux spécialistes de la pensée chinoise, Cyrille J.-D. Javary et Jacques Dars, mettent en évidence la dimension spirituelle de cet art, et la façon très singulière par laquelle Fabienne Verdier excellé à la transmettre. L’Unique Trait de pinceau est avant tout une invitation à retrouver une unité primordiale, et à porter un autre regard sur le monde sensible.

Les quatre vertus cardinale d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin :

  • prudencia : avoir le sens de ce qui est possible
  • justicia : avoir le sens de ce qui est bon
  • fortitudo : avoir le sens du tout
  • temperencia : avoir le sens des limites

Oublier un nom, casser un bibelot familier, se tromper de clefs, commettre un lapsus, tous ces petits accidents ordinaires doivent s’interpréter comme des manifestations de l’inconscient. En effet celui-ci travaille sans cesse, infatigablement. Freud a montré comment le rêvé était la voie royale d’accès à l’inconscient. Il dessine dans cet ouvrage de 1901 d’autres chemins vers cette part qui échappe à notre contrôle et qui, par ses manifestations, traduit nos désirs.

Profession : diapason

J’invite les surefficients mentaux à prendre avec résignation et fatalisme leur mission sur terre : ils sont des diapasons. Avec ce système de valeur absolu, ce regard clairvoyant, quoi qu’ils fassent, ils ne peuvent pas ne pas donner le la, un la très pur. Alors, les gens qui s’en approchent, comme autant d’instruments de musique, ont ainsi la possibilité de vérifier qu’ils sonnent juste et au besoin de se réaccorder. Il y a alors plusieurs cas de figures : soit la personne sonne juste. Elle est authentique, sincère et saine. Alors, côtoyer un surefficient mental est pour elle un vrai bonheur. Soit la personne est désaccordée. Cette rencontre est pour elle une opportunité précieuse de s’en rendre compte et une réelle chance d’évoluer. […] Et puis il y a ceux qui détestent la musique et qui sont ravis de jouer sournoisement faux pour embêter l’orchestre, tout en faisant semblant d’être justes. Ceux-là détestent évidemment ces diapasons, qu’il faut à toutes fins empêcher de résonner !

Masud R. Khan

Il m’a dit, lors de la première séance : « Vous n’êtes pas venu me voir pour me parler de votre vie sexuelle, ni pour parler de votre enfance ni pour parler de vos rêves. Vous êtes venu me dire simplement ce que vous avez dans la tête. »

Paroles de Masud R. Khan adressées à Adam Phillips, Is ordinary good enough ? Entretien avec Michel Gribinski, Penser/rêver n° 22, automne 2012

Tout enfant, à un moment donné, s’interroge sur ses origines. Et comme il s’imagine que ses parents ne l’aiment pas suffisamment, ou pas assez bien, il fantasme qu’ils ne sont pas ses vrais parents – et il s’en invente de nouveaux, plus valorisants. Tel est le roman familial, l’un des concepts freudiens les plus simples d’apparence mais en réalité nuancé et créatif. Utilisé aujourd’hui en psychologie comme en littérature ou en histoire, il reste intimement lié à l’Œdipe. La plupart des thèmes de la filiation qui parcourent notre société en découlent : pathologies transgénérationnelles, adoption, secrets de famille…


Dans le monde, lorsque tous les hommes ont su apprécier la beauté (morale), alors la laideur (du vice) a paru. Lorsque tous les hommes ont su apprécier le bien, alors la mal a paru. C’est pourquoi l’être et le non-être naissent l’un de l’autre.
Le difficile et le facile se produisent mutuellement.
Le long et le court se donnent mutuellement leur forme.
Le haut et le bas montrent mutuellement leur inégalité.
Les tons et la voix s’accordent mutuellement.
L’antériorité et la postériorité sont la conséquence l’une de l’autre.
De là vient que le saint homme fait son occupation du non-agir.
Il fait consister ses instructions dans le silence.
Alors tous les êtres se mettent en mouvement, et il ne leur refuse rien.
Il les produit et ne se les approprie pas.
Il les perfectionne et ne compte pas sur eux.
Ses mérites étant accomplis, il ne s’y attache pas.
Il ne s’attache pas à ses mérites ; c’est pourquoi ils ne le quittent point.

« Lorsque quelqu’un parle, il fait clair. » (Freud)

Voici le livre par où le « scandale » serait arrivé. Publié en 1905, sans arrêt remanié, corrigé, réécrit par Freud jusqu’à son édition définitive de 1920, il brise l’image de l’enfance innocente et place le « sexuel » au centre de toute l’activité psychique de l’être humain. C’est dans ces Trois essais que Freud parle pour la première fois de la pulsion, là aussi qu’il décrit l’enfant comme un pervers polymorphe, là encore qu’il explique comment l’on devient sexuellement adulte. S’en trouvent alors éclairés des débats très actuels de notre société, notamment ceux qui touchent à l’hypersexualisation des enfants, à l’homophobie, et plus généralement aux normes sexuelles.

Cette nouvelle édition commentée des Fragments d’Héraclite est le fruit d’un travail totalement inédit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d’ensemble du concret vers l’abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité… Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n’eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu’un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d’un système achevé en constante redéfinition.

Les deux textes composant cet ouvrage constituent une présentation de la psychanalyse qui s’adresse d’abord aux non-spécialistes.

Cinq leçons sur la psychanalyse, permier livre de Freud publié en langue française, sont les conférences qu’il prononça en 1909 lors de son voyage aux Etats-Unis, où la psychanalyse était encore largement ignorée. On y trouve un récit simple et vivant des origines de la psychanalyse « inventée » par l’hystérique Anna O., mais aussi une introduction aux problèmes centraux : la sexualité infantile, l’interprétation des rêves, le complexe d’Œdipe. Freud conclut sur la nature des névroses et le refuge dans la maladie.

Dans Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique (1914), Freud retrace les débuts difficiles de la psychanalyse et les résistances qu’elle rencontra. Il précise sa réflexion sur certains points litigieux, liés principalement au concept de « libido ».

En octobre 1901, Freud reçoit une certaine « Dora », jeune fille de dix-huit ans que son père lui envoie dans l’espoir qu’il la guérisse de ses fantasmes sexuels et de ses « lectures pornographiques ». En onze semaines, à l’issue desquelles sa patiente interrompra d’elle-même le traitement, cette banale histoire de famille va progressivement se transformer, selon Elisabeth Roudinesco, en « une véritable tragédie du sexe, de l’amour et de la maladie »…

Publié quatre ans plus tard, en 1905, Dora est le plus célèbre et le plus complet des cas de psychanalyse rédigés par Freud. D’une rare force narrative, développant des hypothèses totalement novatrices sur l’hystérie, la bisexualité et le transfert, il est, de l’avis général, aussi important que L’interprétation des rêves et les Trois essais sur la théorie sexuelle.

Jean-Jacques Goldman, Brouillard, [Album « Démodé »], 1981

Brouillard et matin
Blanches et froides mes mains
Le poids du sac aux épaules

Brumes dans la tête
Les secondes et les gestes
Le froid qui brûle et qui frôle

L’heure n’est pas aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
Si tu ne sais pas où tu vas, l’habitude est là pour te le dire

Muscle qui fatigue
C’est l’outil qui te guide
Le feu l’acier qui imposent

Douces dans la tête
Des voix, loin, te répètent
Il y a des rêves qu’on ose

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai, pour ne plus revenir

Je prendrai la nationale
Guidé par une évidence
Par une fièvre brutale et je partirai

Je prendrai les pluies du Sud
Pures et lourdes à bras le corps
Les tiédeurs et les brûlures et je renaîtrai
J’écouterai les secondes dans les pays arrêtés
Elles durent tout un monde, une éternité
Et quand j’atteindrai le terme quand le tour sera joué
Je n’aurai jamais plus jamais les yeux baissés

Oublier les visages
Regretter son sourire
Les larmes au coin de ses cils

Savoir briser partir
Pour ne jamais haïr
C’est tellement difficile

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai pour ne plus revenir

Avec ce texte capital, Freud crée en 1923 une nouvelle géographie du psychisme qui permet de penser le monde moderne. S’appuyant sur Le livre du ça que Georg Groddeck vient de faire paraître, il y définit les trois instances qui vont révolutionner la théorie psychanalytique : le moi, le ça et le surmoi. Mais c’est aussi dans cet ouvrage qu’il teste la validité de l’hypothèse de la pulsion de mort élaborée trois ans plus tôt, qu’il revient sur le concept de bisexualité, qu’il expose une forme « complète » du complexe d’Œdipe, et qu’il aborde le thème de l’idéal, si important pour comprendre la vie psychique des adolescents et, plus généralement, le « moteur » de notre existence.

« J’étais assis dans le compartiment d’un wagon-lit, quand, à la suite d’une secousse assez brutale du train, la porte donnant sur les toilettes attenantes s’ouvrit et qu’un monsieur d’un certain âge, en chemise de nuit, bonnet de voyage, entra chez moi. Je supposai que l’homme s’était trompé, bondis pour le lui expliquer, mais compris bientôt avec ahurissement que l’intrus était ma propre image reflétée par le miroir devant la porte de communication… »

Le familier peut devenir inquiétant. On en trouve de nombreux exemples dans la littérature et la vie quotidienne. Ainsi Freud, qui se voit lui-même et ne se reconnaît pas. Comment cela est-il possible ? Et pourquoi cette impression fugace d’étrangeté suscite-t-elle un malaise ? Se pourrait-il que celui-ci ait un lien avec le secret ?

Ce livre offre une nouvelle traduction de L’Inquiétante Etrangeté. Il est augmenté, également retraduite, de la nouvelle de E.T.A. Hoffmann, Le Marchand de sable, sur laquelle Freud s’appuie dans ce célèbre essai de 1919.