Liste des 100 mots
Acte manqué – addiction – ambivalence – amour – anal (analité) – angoisse – anorexie (boulimie) – après-coup – attachement (holding) – autoérotisme – bisexualité – ça (inconscient) – cadre (setting, site) – cannibalique (vagin denté) – castration (fantasme, angoisse, complexe) – clivage (du moi) – complexe d’Œdipe – compulsion (contrainte) de répétition – conflit psychique – contre-transfert – corps – crise d’adolescence – culpabilité (responsabilité) – cure psychanalytique – dépression – désir – désirs d’enfant – détresse (état de) – deuil (travail de) – différences – divan – emprise (pulsion d’) – enfant mort (l’) – envie du pénis (femme phallique, châtrée, castratrice) – état limite – fantasme – faux-self (personnalité « comme si ») – féminité (sexualité féminine) – fétichisme – frère, sœur – Freud – fusion (symbiose) – guérison – haine – homosexualités – honte – humour – hystérie – identification (incorporation) – inceste (désir d’) – indifférence – interprétation – langage – masochisme (sadisme) – mélancolie – mensonge (secret) – mère (le maternel) – mère/fille – moi – moi idéal – mort – narcissisme – névrose obsessionnelle – objet (partiel, total, transitionnel) – oral (oralité) – paranoïa – père  – perversion – phallus (primat du) – phobies – plasticité (de la libido) – préliminaires – psychose – psychosomatique – pulsion – pulsion de mort – rabaissement (de la femme) – refoulement – réalité psychique – règle fondamentale – régression – résistance – retour dans le ventre maternel (sommeil) – rêve (travail du) – scène primitive (origine) – schizophrénie – séduction – séparation – sexualité infantile – silence (du psychanalyste) – souvenir-écran – sublimation – suicide – surmoi (idéal du moi) – symptôme – temporalité (histoire) – tendresse – transfert – trauma (psychique) – visage.

Lorsque Yvon Lambert appelle Roland Barthes dans la seconde partie des années 1970 pour lui parler de Cy Twombly, l’accueil est réticent. L’auteur des Fragments d’un discours amoureux ne veut plus répondre à des commandes et ferme les portes. Mais le galeriste, encore situé rue de L’Échaudé, insiste. Et il fait bien.

Barthes, imprégné de culture gréco-latine, fasciné par l’acte d’écriture (au point de pratiquer lui-même des écritures imaginaires), semble trouver son artiste en la personne de Twombly. Il transforme notre regard et nourrit à jamais notre approche de l’artiste américain installé en Italie.

Entretiens

Avec Lin-tsi, son fils spirituel, et Ma Tsou, l’ancêtre de sa lignée spirituelle, Houang-po (?-850) est sans doute l’un des plus remarquables représentants de la mystique bouddhiste tch’an (zen) dite de Hong-tcheou, soit l’expérience immédiate de la réalité absolue, qu’il nomme esprit un. « Cet esprit, jamais venu à l’existence, n’a jamais cessé d’exister. Illimité et insondable, on dirait l’espace vide. »

Son discours non duel, fondé essentiellement sur la contradiction, fait écho aux préoccupations de son auditoire de chercheurs spirituels. « Hors l’Éveil, il n’est aucune Réalité, et si l’Éveil avait une quelconque réalité, ce ne serait pas l’Éveil », répète-t-il inlassablement, à la suite du Bouddha. Et comme Houang-po nie toute transmission de son Éveil, car en celui-ci il n’est pas d’autre susceptible de recevoir quoi que ce soit, aucun être se prenant pour tel ne peut le dire ou le penser. Seule une silencieuse coïncidence ouvre l’accès à la Voie où l’esprit se dissout et s’affine au fil de sa pureté primordiale.

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Trente rais se réunissent autour d’un moyeu. C’est de son vide que dépend l’usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C’est de son vide que dépend l’usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C’est de leur vide que dépend l’usage de la maison.
C’est pourquoi l’utilité vient de l’être, l’usage naît du non-être.

Borderline, cas-limites, états-limites… les mots cherchent moins à cerner une personnalité originale qu’à dire l’incertitude de la limite qui sépare les catégories psychopathologiques, de la limite qui distingue les composantes de la personnalité psychique, des limites qui balisent le territoire du traitement d’âme. Des contributions d’auteurs, eux-mêmes psychanalystes, permettant de comprendre ces états et leurs possibles traitements.

En psychanalyse, l’interprétation désigne l’outil princeps de la cure et des traitements. Caractérisée par le sceau du double sens, cette opération décisive est envisagée comme un processus en plusieurs temps et à plusieurs voix. L’horizon professionnel polyphonique des auteurs, psychanalystes, mais aussi traducteur, se veut résolument le reflet de cette multiplicité. Illustrée par de nombreuses vignettes cliniques, L’interprétation réunit réflexions théoriques autour de l’usage de l’interprétation en tant qu’opération de pensée et moyen d’élucidation du transfert au cours des traitements psychanalytiques, et discussions entre spécialistes. L’ouvrage explicite les enjeux de la méthode psychanalytique et propose au final un regard renouvelé sur ce concept central de la psychanalyse.

« Trouver un titre à ce livre.
Il pourrait s’appeler : De l’âme — car c’est bien ce qu’il cherche, ce qu’il s’essaie à dire : cela dans l’homme qui le dépasse, la plus haute partie de lui-même, sa grandeur, sa verticalité, sa spiritualité. Mais puisque “l’âme et le corps sont une seule et même chose”, comme dit Spinoza, autant l’appeler : Du corps. Cela prêtera moins à confusion. »

Du corps est le premier livre d’André Comte-Sponville, resté jusqu’à présent inédit. Dans une préface inattendue, l’auteur jette un regard amusé sur le jeune homme qu’il était quand il affûtait ses premières armes théoriques. Ce portrait du philosophe en quête d’éternité est marqué du sceau de l’authenticité la plus troublante.

Dans la Chine du IIIe siècle de notre ère Hi K’ang faisait partie d’une cercle de poètes surnommés « Les sept Sages de la Forêt de Bambous ». Son attitude taoïste d’esprit libertaire a marqué l’histoire du Pays du Milieu. Comme il est relativement peu connu en Occident, il nous semble pertinent de le présenter à nos contemporains.

Bien que vivant hors des normes sociales, “Les Sept Sages” étaient relativement respectés. Ce respect se maintient pendant plus de huit siècles et les noms d’Hi Kang ou Jouan Tsi sont devenus synonymes d’une vie belle et rebelle. Leurs voix sont toujours actuelles…

La tradition littéraire et artistique qui s’est établie sur ces Sept Sages les dépeint comme des taoïstes libres, asociaux ou mêmes anarchistes, faisant fi des rites et des institutions confucianistes en général. Ils se réunissent chez Xi K’ang et choquent leurs contemporains en s’enivrant, en se promenant nus ou en urinant en public.
Ce sont les lectures de Lao Tseu et de Tchouang Tseu qui ont fait découvrir à Hi K’ang la vie sans entraves et la “conduite dans la Voie”. Il préfère alors s’abandonner à sa nature propre, en suivant ce qui lui plaît et non ce qu’il pourrait craindre.
Par “l’agir sans agir” on agit selon sa vraie nature. On avance alors sans laisser de traces, imprégné par l’immanent Tao.
“Il n’y a rien hors du spontané” disait Jouan Tsi, un des Sept Sages. Il s’agit du tseu jan, la nature propre… La spontanéité d’être ainsi. L’essence de la réalité d’être tel par soi-même. C’est la spontanéité de l’être libéré du carcan des règles d’une société pesante.
Hi K’ang écrivit aussi un essai intitulé “Se délivrer des sentiments personnels” où, tout en recommandant l’introspection et la solitude de l’homme sans affaires, il met en garde contre l’égoïsme. D’ailleurs, Lao Tseu n’a-t-il pas observé : “Sans la personne, pas de danger” ?… Et Tchouang Tseu : “S’oublier soi-même c’est entrer dans le Ciel”.

Il s’agit de retourner à l’état originel. La libération de la personne passe par le fait d’être libéré de sa personne.

L’élaboration dont il est question dans cet ouvrage est une mise au travail de la pulsion au sein du cadre analytique. Elle permet de passer de l’acte à la pensée, du corps au langage, et de l’espace de la cure à la transformation en action dans le champ de l’expérience.
Trois processus successifs de la cure analytique sont envisagés : l’analyste reçoit les représentations que lui apporte le patient, en tentant de déceler les limites de la capacité représentative du sujet. Il offre un cadre et un étayage minimal adapté à chacun. Enfin, lorsque le matériel à élaborer est assez investi dans le cadre et le contre-transfert, l’analyste devra, pour le restituer, s’en dégager par une réflexion sur les options idéologiques de sa technique. Le but final est la mise en sens de ce matériel par le patient à partir des interprétations de l’analyste, et leur nécessaire perlaboration.

Voici sans doute le plus étrange et le plus freudien des écrits de Freud. Composé par strates successives en trois essais, il garde tout au long des traces de sa fabrication insolite. Étrange aussi par son audacieuse hypothèse de départ – «Si Moïse était un Égyptien ?» -, il est bien loin de s’y réduire. À travers l’histoire de l’homme Moïse, c’est en effet la formation d’une religion, celle de l’identité juive (et de l’antisémitisme), enfin le passage de la sensorialité à la vie de l’esprit qui font ici l’objet de l’enquête, avec, en arrière-plan, la question du père mort qui, tout comme la figure de Moïse, n’a cessé de hanter Freud.
«Roman historique» au dire de son auteur, Bildungsroman ou roman secret – l’homme Moïse, c’est aussi l’homme Freud -, ce livre appelle autre chose qu’une interprétation : une lecture.

La psychanalyse, « herméneutique du soupçon », s’est longtemps abstenue d’apprécier sans parti pris le monde de la spiritualité. Sudhir Kakar revient sur le classement hâtif d’un rationalisme assiégé par son contexte historique pour examiner différentes traditions spirituelles orientales à travers quelques-uns de leurs représentants. Un gourou de l’Occident, un sage-fou tibétain, un mystique hindou, Gandhi… Chacun de ses essais rend sa pertinence à une forme de quête de connaissance de l’esprit humain et nous entrouvre une porte où glisser un regard nouveau. Où l’on découvre comment, notamment dans le domaine de l’empathie, il reste à la psychanalyse beaucoup à apprendre. Quant à l’œil hindou qui observe le Freud de L’Avenir d’une illusion, il lui donne un relief inédit en le plaçant dans les limites de son contexte personnel et culturel.

Un œil qui pourrait bien appartenir à l’auteur de ce livre, « moins épris » aujourd’hui du « marché conclu dans sa jeunesse » sur sa propre voie en quête de lui-même.

La vogue de la méditation en Occident répond à un besoin essentiel de notre société contemporaine : reprendre son souffle et trouver un sens dans une course s’accélérant sans cesse. Marc de Smedt a réuni ici les plus grands connaisseurs de la méditation pour interroger ce phénomène qui a bousculé les frontières traditionnelles des spiritualités. Soulevant des questions souvent laissées dans l’ombre, ces différents points de vue éclairent les métamorphoses actuelles de ces pratiques ancestrales.
La méditation sera-t-elle la grande aventure des futures décennies en Occident ?

Ce numéro de la revue Question de est repris en poche avec les contributions de : Christophe André, Yvan Amar, Catherine Despeux, Gilles Farcet, Nathalie Ferron, Aurélie Godefroy, Elisabeth D. Inandiak, Thierry Janssen, Christine Kristof-Lardet, Elisabeth Marshall, Fabrice Midal, Philippe Nassif, Brigitte Anne Neveux, Daniel Odier, Olivier Py, Roland Rech, Matthieu Ricard, Isabelle Sorente, Annick de Souzenelle, Jean-Philippe de Tonnac, Serge Valletti, Jacques Vigne.

Quelles sont les valeurs éthiques et spirituelles des Chinois, et en quoi peuvent-elles nous parler ? Les mots « dieu », « esprit », « immortalité » ont-ils pour eux le même sens qu’en Occident ? Le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme sont-ils des croyances, des philosophies, des sagesses ? À partir de sa connaissance intime de la Chine, Cyrille Javary, auteur d’une monumentale traduction du Yi Jing, nous introduit à la perception qu’ont les Chinois eux-mêmes de leur univers spirituel et nous donne les clefs pour l’appréhender. Du chamanisme archaïque et toujours vivace aux cultes contemporains, tel celui de Mao, en passant par les enseignements de Lao Zi et de Confucius, il retrace avec clarté une histoire plurimillénaire de rivalités  autant que de dialogues et d’influences. Surtout, il nous montre ce que ces sagesses ont d’universel.

Ce Vocabulaire fut publié pour la première fois en 1967 dans une version reliée, puis repris dans la collection « Quadrige ». Son succès, tant en France (plus de 200 000 exemplaires vendus) qu’à l’étranger (des éditions en dix-sept langues, de l’anglais au japonais, du suédois au turc et à l’arabe), ne s’est jamais démenti, preuve de la pertinence de ce travail « encore bien présent, même s’il serait améliorable… Il ne s’agissait pas de faire le tour de Freud mais de lancer des coups de sonde, d’approfondissement. Le contraire même d’une mise en manuel : une mise en problème », selon les termes de J. Laplanche.