Galerie Jeanne Bucher Jaeger

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« Lorsque quelqu’un parle, il fait clair. » (Freud)

Voici le livre par où le « scandale » serait arrivé. Publié en 1905, sans arrêt remanié, corrigé, réécrit par Freud jusqu’à son édition définitive de 1920, il brise l’image de l’enfance innocente et place le « sexuel » au centre de toute l’activité psychique de l’être humain. C’est dans ces Trois essais que Freud parle pour la première fois de la pulsion, là aussi qu’il décrit l’enfant comme un pervers polymorphe, là encore qu’il explique comment l’on devient sexuellement adulte. S’en trouvent alors éclairés des débats très actuels de notre société, notamment ceux qui touchent à l’hypersexualisation des enfants, à l’homophobie, et plus généralement aux normes sexuelles.

Cette nouvelle édition commentée des Fragments d’Héraclite est le fruit d’un travail totalement inédit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d’ensemble du concret vers l’abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité… Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n’eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu’un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d’un système achevé en constante redéfinition.

Les deux textes composant cet ouvrage constituent une présentation de la psychanalyse qui s’adresse d’abord aux non-spécialistes.

Cinq leçons sur la psychanalyse, permier livre de Freud publié en langue française, sont les conférences qu’il prononça en 1909 lors de son voyage aux Etats-Unis, où la psychanalyse était encore largement ignorée. On y trouve un récit simple et vivant des origines de la psychanalyse « inventée » par l’hystérique Anna O., mais aussi une introduction aux problèmes centraux : la sexualité infantile, l’interprétation des rêves, le complexe d’Œdipe. Freud conclut sur la nature des névroses et le refuge dans la maladie.

Dans Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique (1914), Freud retrace les débuts difficiles de la psychanalyse et les résistances qu’elle rencontra. Il précise sa réflexion sur certains points litigieux, liés principalement au concept de « libido ».

En octobre 1901, Freud reçoit une certaine « Dora », jeune fille de dix-huit ans que son père lui envoie dans l’espoir qu’il la guérisse de ses fantasmes sexuels et de ses « lectures pornographiques ». En onze semaines, à l’issue desquelles sa patiente interrompra d’elle-même le traitement, cette banale histoire de famille va progressivement se transformer, selon Elisabeth Roudinesco, en « une véritable tragédie du sexe, de l’amour et de la maladie »…

Publié quatre ans plus tard, en 1905, Dora est le plus célèbre et le plus complet des cas de psychanalyse rédigés par Freud. D’une rare force narrative, développant des hypothèses totalement novatrices sur l’hystérie, la bisexualité et le transfert, il est, de l’avis général, aussi important que L’interprétation des rêves et les Trois essais sur la théorie sexuelle.

Jean-Jacques Goldman, Brouillard, [Album « Démodé »], 1981

Brouillard et matin
Blanches et froides mes mains
Le poids du sac aux épaules

Brumes dans la tête
Les secondes et les gestes
Le froid qui brûle et qui frôle

L’heure n’est pas aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
Si tu ne sais pas où tu vas, l’habitude est là pour te le dire

Muscle qui fatigue
C’est l’outil qui te guide
Le feu l’acier qui imposent

Douces dans la tête
Des voix, loin, te répètent
Il y a des rêves qu’on ose

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai, pour ne plus revenir

Je prendrai la nationale
Guidé par une évidence
Par une fièvre brutale et je partirai

Je prendrai les pluies du Sud
Pures et lourdes à bras le corps
Les tiédeurs et les brûlures et je renaîtrai
J’écouterai les secondes dans les pays arrêtés
Elles durent tout un monde, une éternité
Et quand j’atteindrai le terme quand le tour sera joué
Je n’aurai jamais plus jamais les yeux baissés

Oublier les visages
Regretter son sourire
Les larmes au coin de ses cils

Savoir briser partir
Pour ne jamais haïr
C’est tellement difficile

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai pour ne plus revenir

Avec ce texte capital, Freud crée en 1923 une nouvelle géographie du psychisme qui permet de penser le monde moderne. S’appuyant sur Le livre du ça que Georg Groddeck vient de faire paraître, il y définit les trois instances qui vont révolutionner la théorie psychanalytique : le moi, le ça et le surmoi. Mais c’est aussi dans cet ouvrage qu’il teste la validité de l’hypothèse de la pulsion de mort élaborée trois ans plus tôt, qu’il revient sur le concept de bisexualité, qu’il expose une forme « complète » du complexe d’Œdipe, et qu’il aborde le thème de l’idéal, si important pour comprendre la vie psychique des adolescents et, plus généralement, le « moteur » de notre existence.

« J’étais assis dans le compartiment d’un wagon-lit, quand, à la suite d’une secousse assez brutale du train, la porte donnant sur les toilettes attenantes s’ouvrit et qu’un monsieur d’un certain âge, en chemise de nuit, bonnet de voyage, entra chez moi. Je supposai que l’homme s’était trompé, bondis pour le lui expliquer, mais compris bientôt avec ahurissement que l’intrus était ma propre image reflétée par le miroir devant la porte de communication… »

Le familier peut devenir inquiétant. On en trouve de nombreux exemples dans la littérature et la vie quotidienne. Ainsi Freud, qui se voit lui-même et ne se reconnaît pas. Comment cela est-il possible ? Et pourquoi cette impression fugace d’étrangeté suscite-t-elle un malaise ? Se pourrait-il que celui-ci ait un lien avec le secret ?

Ce livre offre une nouvelle traduction de L’Inquiétante Etrangeté. Il est augmenté, également retraduite, de la nouvelle de E.T.A. Hoffmann, Le Marchand de sable, sur laquelle Freud s’appuie dans ce célèbre essai de 1919.

« Le naturisme est une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisé par la pratique de la nudité en commun, et qui a pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement » – Définition internationale du naturisme, retenue en 1974 par la Fédération Internationale de Naturisme, proposée par Francis Schelstraete, propriétaire et créateur du Domaine de Bélézy dans le Vaucluse et mise à jour en 2009.

Dans ce texte précurseur, très littéraire, il est question des relations entre un enfant et ses parents, des relations dont l’enfant va faire une maladie. Les parents du petit Hans sont pourtant soucieux de leurs enfants. Ils s’occupent d’eux, leur parlent, prennent même la liberté d’une analyse pour leur garçon. Mais voilà que se déclare chez Hans, en cours d’analyse, une peur panique  des chevaux, une phobie telle que, bien vite, il refuse de sortir de chez lui….

En publiant en 1909 le cas du petit Hans, Freud veut prouver la fameuse thèse qu’il a énoncée quatre ans plus tôt : l’activité psychique des enfants est traversée de problématiques sexuelles dont l’élaboration conditionne la vie adulte. Mais il pose aussi une autre question : peut-on, en analysant les enfants, sinon fixer des règles idéales d’éducation sexuelle, du moins être averti d’erreurs à ne pas commettre ?

Lao Tseu, qui aurait vécu six siècles avant notre ère, est avec Confucius, dont il fut le contemporain, le personnage le plus illustre de l’antiquité chinoise. Quant au Tao Te King qui lui est attribué, sur des bases d’ailleurs moins historiques que légendaires, c’est sans aucun doute l’ouvrage le plus souvent traduit de toute la littérature extrême-orientale.
Ces quelque cinq mille caractères chinois ont donné lieu à d’innombrables traductions et interprétations. La présente version se situe résolument dans la perspective d’une adaptation de l’antique sagesse à notre monde et à notre langage contemporains. Plus que jamais, en effet, notre conscience occidentale a besoin d’entendre ces paroles fascinantes, porteuses du secret spirituel de l’Orient.

Revue française de psychanalyse

Rédacteurs :
| Béatrice Ithier | Hélène Suarez-Labat |


Tome 82, n°1
Limite de remise des textes : 2017-10-01
Date de parution : 2018-03-01

Argument

En séance

« Celui qui tente d’apprendre dans les livres le noble jeu des échecs ne tarde pas à découvrir que seules les manœuvres du début et de la fin permettent de ce jeu une description schématique complète, tandis que son immense complexité, dès après le début de la partie, s’oppose à toute description. »

S. Freud, 1913c.

Freud, à travers cette métaphore du jeu d’échec, exprimait la difficulté de parler de la séance d’analyse et de rendre compte de sa complexité. Un siècle plus tard, la séance conserve toute sa complexité, mais s’est aussi diversifiée.

« Laissez-moi dire ce que j’ai à dire ! » « Restez tranquille, ne dites rien ! Ne me touchez pas ! » C’est avec l’acceptation des injonctions de Emmy Von N. que la séance psychanalytique est née. Et que fut ébauchée aussi, d’une certaine manière, la règle de l’association libre. Devait suivre en réponse, celle de l’écoute analytique, « l’attention en égal suspens » de l’analyste. Partie constitutive du processus analytique qui est censé s’y développer, la « situation analysante » (Donnet, 2005), mise en jeu dans la relation patient/analyste, inclut le processus avec ses contenus, objets de l’interprétation, auquel il convient d’adjoindre un non-processus : le cadre à l’intérieur duquel les variables du processus ont lieu.

La durée de la séance a été l’objet de débats importants dans la communauté psychanalytique à la suite de l’introduction par Jacques Lacan de la pratique de la scansion. À l’encontre de la position lacanienne, Jean-Luc Donnet montre combien la séance longue (45 mn) et régulière permet une véritable « transitionnalisation » de la temporalité (Donnet, 1995, p. 194), n’excluant pas les discontinuités internes à la séance et l’importance du choix du moment opportun pour l’interprétation.

La multiplicité des pratiques psychanalytiques introduit dans la séance des changements tout en en gardant des invariants : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques demeure un axe incontournable pour comprendre l’enchevêtrement et l’instabilité que connaissent aujourd’hui les repères identificatoires (différences des sexes et des générations), la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Lieu privilégié de l’écoute de l’écoute et de la transmission, la séance de supervision (individuelle ou collective) a, elle aussi, ses spécificités (Faimberg, 2016).

Par son architecture, le cadre assure l’existence de la séance, « somme de tous les détails de l’aménagement du dispositif » pour Winnicott (1960), le cadre constitue, selon José Bleger, le récepteur de la symbiose, invisible dans le processus, mais reposant en lui. Partie la plus régressive et psychotique du patient, elle exprime sa fusion primitive avec le corps de la mère. Le cadre analytique réincarne cette symbiose afin de la transformer (Bleger, 1980). Dans la séance, véritable « laboratoire central » (J.-B. Pontalis, 2001, p.155), l’analyste est conduit à « penser contre soi, en ne cessant de se confronter à la pensée des autres ».

Ainsi, l’identification projective d’abord conçue par Mélanie Klein (1946) comme une modalité de relation agressive à l’objet, puis comme communication primitive et normale par Herbert Rosenfeld (1988), et plus encore avec Wilfred Bion (1962), suppose que l’analyste reçoive et élabore les états mentaux, verbalisés ou non, en lien avec l’interaction des deux psychismes. James Grotstein devait parler de transidentification projective (2005) pour caractériser les identifications projectives particulièrement puissantes.

En séance, ces identifications devront être reçues dans la psyché de l’analyste qui pourrait s’éprouver dans un premier temps dépossédé de son identité, mais qui devra la retrouver pour interpréter. Ceci a pour conséquence l’influence prise par la « rêverie maternelle » et la relation contenant-contenu (Bion, 1962). La séance peut alors se dérouler à la manière d’un « rêve » au cours de laquelle les associations libres de certains patients parviennent à un flux associatif fluide. Cette pratique a été largement développée par les post-bioniens, Antonino Ferro (2000, 2008), Giuseppe Civitarese (2008) notamment. Christopher Bollas, (2011) a proposé l’identification perceptive en mettant l’accent sur la complexité de l’organisation inconsciente, incluant également l’analyste dans la narration, de même que les modalités d’expression vocales, son et voix véhiculant affects et émotions. Où commence et où s’arrête la séance ? Quelle est l’influence du patient d’avant ou du patient d’après ? Comment aborder ce qui pourrait être considéré comme des « accidents » de séance, tant pour l’analyste que pour le patient, qu’il s’agisse de la vie quotidienne comme de la réalité socio-politique ? Les témoignages des analystes sud-américains, allemands et bien d’autres, montrent que la séance parfois pratiquée dans la clandestinité est adossée à un cadre qui peut résister aux violences du monde. Mais ces mêmes témoignages montrent aussi les limites d’une telle pratique, un régime dictatorial rend pratiquement impossible l’exercice de la psychanalyse en raison même de la nature de l’inconscient et des processus transférentiels (Urtubey de, 1999).

À partir des années 1970, Michel de M’Uzan, réfléchissant à ce qui se passe « pendant la séance » (1989), retrace les différentes phases de l’activité psychique de l’analyste, jusqu’à l’accueil du patient au-dedans de soi appelant l’auto-observation d’une partie de son moi transformé par cette admission (1994). De M’Uzan – qui va jusqu’à assimiler la séance analytique à une zone érogène – s’attache particulièrement à l’activité paradoxale, aux moments de dépersonnalisation, tant chez le patient que chez l’analyste, pouvant transformer la séance en « une créature fabuleuse qui englobe tous les participants » (2003, p. 434), la « chimère ». Les patients, souligne de M’Uzan, parlent de « leur » séance comme d’un être vivant ; cette conception de la séance comme un « scandale économique » devant libérer l’énergie nécessaire à un nouvel investissement.

De leur côté, César et Sára Botella s’attachent à ce qu’ils appellent « le problème de la régression formelle de la pensée et de l’hallucinatoire », donnant lieu à une communauté de régression ou « travail en double », analogue au travail du rêve, pouvant parvenir jusqu’à la trace originaire du manque, négatif du trauma. Faut-il considérer que l’hallucinatoire permet alors l’élaboration, dans la cure, de ce qui était resté jusque-là non représentable (2004) ?

La cure-type connaît différents modèles, convoquant chacun un nombre de séances hebdomadaires différent, des six séances pratiquées par Freud aux quatre ou cinq séances du modèle Eitingon ou aux trois séances du modèle français. Chacun tente le meilleur compromis possible entre ce qui est conçu comme un temps permettant une transformation psychique en profondeur et les exigences changeantes de la réalité sociale (temps, argent). À côté de la séance d’analyse, on pourra se demander quelles sont les spécificités de la séance du psychodrame, des thérapies de groupe, de la psychothérapie psychanalytique corporelle. Le corps, les sensations n’y jouent pas le même rôle, la nature de la parole, le rapport à l’action et à la motricité sont différents, comme ils le sont dans la séance analytique avec l’enfant ou avec un patient psychotique. Les séances d’analyse avec les enfants regorgent de cette mobilité agie, de même celles avec les adolescents, aux prises avec leur solitude qui questionnent l’analyste et ses idéaux avec les images énigmatiques glanées au hasard des rencontres des objets numériques. Face à l’éventail des défaillances de la symbolisation (Gibeault, 2010 ; Brun, Roussillon, 2014) ne convient-il pas de considérer la séance, et sa tâche de psychisation, voire sa construction, comme fondamentale ? Mais aussi, comment considérer l’impact transformationnel d’une séance hebdomadaire, le plus fréquemment utilisé en psychothérapie ?

Comment, enfin, rendre compte d’une séance ? « Quel gâchis que nos reproductions, écrivait Freud à Jung, comme nous mettons lamentablement en pièces ces grandes œuvres d’art de la nature psychique ! » (30 juin 1909) Comment un procédé narratif, par essence externe et en après coup, peut-il rendre compte de la situation intime vécue entre patient et analyste dans un bureau d’analyste ? À propos de ce qui se passe dans la séance analytique, Bion disait : « nous ne pouvons parler que de ce que l’analyste ou le patient a le sentiment de vivre, de son expérience émotionnelle que je désigne par T. » (Bion, 1970). Qu’en est-il alors de cette translation pulsionnalité/émotionnalité ? Si elle peut caractériser un aspect important de la psychanalyse contemporaine, la réalité de la séance elle-même ne se donne que dans l’après-coup.

Celui qui a l’âge du monde

Mais voilà l’autre facette inattendue. La part infantile du surdoué côtoie une autre perception : se sentir multiâge.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Une chose finalement très simple, la sensation, selon les circonstances, les contextes, les personnes avec lesquelles on se trouve, d’avoir simultanément ou successivement des niveaux de maturité différents.

  • Oublions l’immaturité, parlons d’hypermaturité

Voilà encore une conception qui vient à l’encontre de ce que l’on dit souvent du surdoué, en particulier de l’enfant surdoué, lorsque l’on parle d’immaturité affective. C’est une notion erronée car on confond immaturité avec dépendance affective. Ce qui n’a rien à voir. Oui, le surdoué est un être profondément affectif. C’est d’abord un être affectif. L’ingérence affective est toujours présente chez le surdoué, y compris dans l’acte cognitif. Le surdoué pense d’abord avec ses émotions avant de penser avec sa tête. Voilà ce qui lui donne parfois ce qualificatif d’immature. Comme si la dominante de l’affectif était seulement le privilège des tout petits enfants !

Au contraire, un surdoué est un caméléon. Il peut jouer sur un registre très large : il ajuste son comportement, sa pensée, ses actes, pour les adapter au plus près des contraintes de l’environnement. D’une certaine façon, le surdoué joue avec son intelligence et sa sensibilité pour déterminer son adéquation au monde.

[…] L’hypermaturité doit être ici comprise comme cette capacité unique d’analyser avec une lucidité exemplaire toutes les composantes d’une situation et s’y adapter. Ou lutter contre, ce qui revient au même en termes de mécanisme. […]

Jeune au regard de la science et de la philosophie, la psychanalyse a néanmoins un passé et, plus encore, un présent fait d’une pratique et d’horizons théoriques. De l’analyse de l’adulte à celle de l’enfant, la pensée de Freud (1856-1939) montre sa force réactive et inventive face aux difficultés et aux questionnements qui surgissent de la relation analytique. Pour autant, ces entretiens ne s’adressent pas aux psychanalystes. En accompagnant la réflexion et la pratique d’une psychanalyste d’aujourd’hui, ils s’efforcent d’indiquer la voie de l’analyse à qui n’est pas familier de la pensée de Freud. Ils disent, dans une langue ouverte, l’histoire et la diversité des enjeux d’une œuvre qui demeure l’une des plus grandes affaires intellectuelles de notre temps. Faire droit à la psychanalyse, c’est faire droit à une manière compliquée de voir l’individu et à une manière de voir autrement le monde.

Sous la direction de Jonas Storsve, ce magnifique catalogue retrace l’étonnant parcours et l’œuvre de Cy Twombly, de ses premiers travaux marqués par les arts primitifs, le graffiti et l’écriture, jusqu’à ses dernières peintures monumentales. Des témoignages et documents inédits soulignent la personnalité hors du commun de l’artiste. Son œuvre synthétise une richesse d’expériences rare, avec de multiples pérégrinations entre pays et cultures, et des lectures incessantes.

Le livre fait une part belle à l’iconographie avec plus de trois cents illustrations dont certaines inédites (peintures, dessins, sculptures, photographies).

Une chronologie originale vient compléter ce beau-livre, émaillée de scènes de vie de Cy Twombly, brillamment racontées par Nicola del Roscio. Ce livre aux voix polyphoniques permet d’approcher non seulement l’artiste mais aussi l’homme.

4ème de couverture
« Cy Twombly, écrit Nicola Del Roscio, proche collaborateur de l’artiste, eut la chance de vivre sur les deux rives de l’Atlantique, et encore plus au bord de la Méditerranée. Cela lui permit non seulement d’être un artiste américain et européen mais aussi de recevoir un don très rare : la capacité de constamment renouveler son art de manière créative jusqu’à la fin de sa vie. »

Cristallisé ici sous la forme de six entretiens, menés de 1991 à 2011, le dialogue continu entre André Green et Fernando Urribarri revisite et interroge la totalité de l’œuvre greenienne. Comment répondre à la crise de la psychanalyse ? Comment faire face aux défis posés par un champ clinique qui s’étend désormais au-delà de la névrose ? De quelle façon les apports de Lacan, Winnicott ou Bion viennent-ils renouveler l’édifice freudien ? Comment articuler l’intrapsychique et l’intersubjectif ? Comment la théorie générale de la représentation forgée par Green éclaire-t-elle les échecs de la symbolisation ? Comment repenser le cadre analytique et ses variations, notamment à partir de la notion de cadre interne de l’analyste ? De l’affect à la pensée clinique, en passant par la folie privée et le travail du négatif, nous accompagnons pas à pas la genèse et le déploiement des idées majeures de celui qui s’est efforcé de construire, après Freud et avec Freud, un nouveau modèle théorique et clinique, susceptible de répondre aux enjeux de la psychanalyse contemporaine. En refermant cet ouvrage, le lecteur aura eu accès à une introduction vivante et directe à l’œuvre de Green, et acquis une vision panoramique de sa pensée.

Demandez-vous toujours : « Quelle importance cela aura-t-il dans un an ? »

Presque tous les jours, je me livre à un petit jeu que j’appelle le « saut temporel » ou « la machine à avancer le temps ». Je l’ai inventé en réponse à une idée fausse mais accrochée à mon esprit comme une moule à son rocher : l’idée selon laquelle tous mes problèmes sont gravissimes.

Pour jouer au « saut temporel », il vous suffit de vous transporter par la pensée dans l’avenir. Vous n’êtes plus dans le pétrin, la tête dans le sac, mais un an plus tard. Posez-vous alors la question : « La situation est-elle aussi critique que je le prétends ? » Il peut arriver – exceptionnellement – que la réponse soit « oui ». Mais dans la majorité des cas, c’est « non ».

Vous avez eu une scène de ménage ? Un accrochage avec vos enfants ? Votre patron vous a remonté les bretelles ? Vous vous êtes foulé la cheville ? Vous avez essuyé une déception d’ordre professionnel, ou bien perdu votre porte-feuille ? Il y a de fortes chances pour que, dans un an, ce soit le cadet de vos soucis. Une circonstance insignifiante à l’échelle de votre existence. Une affaire classée.

Ce petit jeu ne prétend évidemment pas résoudre toutes vos difficultés. Il peut cependant vous aider à relativiser bon nombre de vos problèmes. Je me surprends à rire aujourd’hui de choses que je prenais hier beaucoup trop au sérieux. Plutôt que de dépenser mon énergie en stress ou en agressivité, je peux la mettre à profit avec ma femme et mes enfants ou bien la mobiliser pour une réflexion fructueuse. «  

On souffre du non-approprié de notre histoire et on guérit en symbolisant, en rejouant.

Entretien avec René Roussillon, Regards sur la souffrance, revue Gestalt n° 30, 2006